23/07/2026
Ce 22 juillet 2026, Dakar a vu s'éteindre une lumière que les nouvelles générations d’africains ne tendent plus le micro et pourtant dont la clarté ne connaissait pas le crépuscule. Le professeur Maguèye Kassé est hélas parti à l'âge de 77 ans. Il appartenait à cette famille discrète des semeurs, ces esprits parmi nous, qui savent que les récoltes les plus fécondes naissent la plupart du temps après leur départ. Et il nous laisse en héritage cette poussière d'étoiles que seuls les grands passeurs à l’instar de Joe Ouakam déposent sur le chemin de nos peuples.
Universitaire de premier plan, passeur entre les disciplines, critique d'art, défenseur des arts africains, membre de l'Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal, immense connaisseur de l'œuvre de Sembène Ousmane, cet inconnu des nouvelles générations de sénégalais, appartenait à cette rare lignée de grands hommes qui habitent davantage les consciences que nos institutions.
Le professeur Maguèye Kassé utilisait l'enseignement comme une rivière où les générations et les générations venaient boire. Il faisait également de la recherche comme une semence mais aussi du savoir un arbre dont les racines plongeaient dans l'histoire pour offrir leurs fruits à l'avenir. Sa pensée qui rapprochait les langues, les civilisations, les mémoires, marche entre les livres comme le vent entre les baobabs.
Dans le champ culturel, dans les arts, le professeur Maguèye Kassé a été un immense veilleur. À Dak'Art comme aux RECIDAK, Rencontres internationales cinématographiques de Dakar, comme ailleurs, il a en effet travaillé pour que les œuvres africaines franchissent les frontières mais sans jamais perdre leur terre natale. Comme tout le monde sait, son nom demeurera toujours indissociable de celui de Sembène Ousmane, son compagnon de pensée, le fameux gardien de la mémoire insoumise.
Le professeur défendait l'idée que la culture constitue un espace d'émancipation, de souveraineté et de transmission de la mémoire et il disait que “Le cinéma africain participe à la restitution de la mémoire collective des peuples africains et contribue à une meilleure compréhension des réalités sociales.
Le septième art n'est pas un simple divertissement : il constitue un instrument d'analyse critique et d'interrogation du réel.
Les cinéastes ont la responsabilité de préserver les mémoires tout en exploitant les possibilités offertes par les technologies numériques.”
Maguèye Kassé parlait aussi de Joe Ouakam comme on évoque une source dont l'eau continue de traverser les saisons. Il reconnaissait en lui une figure majeure de la création, un homme dont la liberté artistique participait d'un même horizon de réflexion sur la culture, la beauté et la dignité humaine.
Aujourd'hui, le Sénégal perd ainsi une bibliothèque majeure. Et il est dit que les hommes quittent la rive, mais les fleuves continuent d'apprendre aux pierres le nom de la mer. Ainsi ira désormais la mémoire de Maguèye Kassé, silencieuse comme une graine, immense comme l'horizon, fidèle à cette Afrique qu'il n'a jamais cessé de penser, d'aimer et d'éclairer. Qu'Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonne ses fautes, illumine sa demeure éternelle et l'accueille parmi les hôtes du Paradis. Wa Keur Yaadikoone présente ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches, à ses anciens étudiants, à ses collègues, au monde universitaire, à la communauté artistique et culturelle, ainsi qu'à tous ceux qui ont trouvé dans sa parole une source d'inspiration et de lucidité.repose en paix professeur