21/07/2026
🌱 Et si demain la canne à sucre disparaissait ?
On entend souvent :
« La canne est trop subventionnée. »
« Elle ne sert qu’à faire du sucre et du rhum. »
« Il faudrait remplacer toute la canne par autre chose. »
Et si on prenait deux minutes pour imaginer ce que cela signifierait réellement ?
➡️ Des milliers d’hectares aujourd’hui entretenus ne joueraient plus leur rôle de protection contre l’érosion des sols. Les racines de la canne limitent le ruissellement et contribuent à stabiliser les terrains, un enjeu majeur sur une île au relief aussi marqué que la Réunion. Les cultures que l’on pourrait mettre en place au lieu de la canne ne permettraient pas de limiter ce phénomène.
➡️ Une partie importante de l’électricité produite localement grâce à la bagasse disparaîtrait. Cela engendrerait la mise en place de dispositifs coûteux et complexes pour pallier cette perte.
➡️ Les coproduits de la canne ne seraient plus disponibles pour alimenter une partie de certaines filières d’élevage.
➡️ Plus de 15 000 emplois directs et indirects seraient concernés : planteurs, ouvriers agricoles, transporteurs, mécaniciens, entreprises de travaux agricoles, usines, distilleries, commerces, prestataires… Derrière chaque emploi, il y a une famille.
Alors oui.
La filière bénéficie de soutiens publics. Mais ces aides ne sont pas un « cadeau ». Elles compensent des handicaps bien réels : insularité, relief, petites parcelles, coûts de production élevés et une concurrence internationale où les conditions de travail, les normes environnementales et les salaires sont souvent incomparables avec ceux de la Réunion. Des difficultés rencontrées par chaque filière agricole à la Réunion.
Chaque planteur préférerait vivre uniquement du prix de sa récolte. Malheureusement, aujourd’hui, ce prix ne permet pas de couvrir les coûts de production.
Et demain ?
Supprimer les aides réglerait-il le problème ? Ou ferait-il simplement disparaître une filière entière ?
Quant aux produits phytosanitaires, personne ne souhaite les utiliser par plaisir. S’il existait des solutions aussi efficaces, économiquement viables et applicables à grande échelle, elles seraient déjà adoptées. Le désherbage manuel est une piste… mais encore faut-il trouver des femmes et des hommes prêts à exercer un métier particulièrement pénible, dans un contexte où la main-d’œuvre agricole manque déjà partout.
Le vrai débat n’est donc peut-être pas : « Faut-il supprimer la canne ? »
Mais plutôt :
👉 Comment rendre cette filière plus rémunératrice, plus attractive et plus durable ?
Car derrière la canne, ce n’est pas seulement du sucre :
- C’est une énergie locale.
- C’est un équilibre entre plusieurs filières agricoles.
- C’est un patrimoine.
- C’est une économie.
Ce sont des milliers de familles.
L’agriculture réunionnaise n’a pas besoin que ses filières s’opposent entre elles. Elle a besoin d’avancer ensemble.
Parce qu’au fond, le véritable adversaire n’est pas le planteur de canne, l’éleveur ou le maraîcher.
Ce sont les importations qui ne respectent pas toujours les mêmes règles, la concurrence déloyale, la perte de souveraineté alimentaire et le manque de reconnaissance envers celles et ceux qui nous nourrissent et entretiennent nos paysages.
🌱 Avant de juger une culture, regardons tout ce qu’elle fait vivre.