07/10/2026
[30 ans, 30 histoires] 🌱
« Ardèche, terre de production »
Revenir au pré
Avant François Jouffre, la ferme du Pré de Mazan a connu les moines cisterciens de l'abbaye voisine, puis quatre générations de sa famille. Il y a douze ans, il a choisi d'être la cinquième.
Avec son épouse Camille, il y élève une vingtaine de vaches laitières en bio, à Cros-de-Géorand, sur quarante hectares de prairies naturelles perchées à 1 230 mètres, là où la Loire n'est encore qu'une poignée de sources.
Ce choix, il l'a mûri. Il a d'abord pris une autre voie, au développement territorial, à la chambre d'agriculture de l'Ardèche, avant de se convaincre qu'on pouvait être éleveur laitier et garder une vie à soi.
Et puis il y avait son père, qui avait converti la ferme en bio dès 1999, à la demande de la laiterie. Quatre ans avant nos premiers parfums bio, vingt et un ans avant que notre carte entière n'y passe.
« Je me suis rendu compte de tout le travail qu'il avait fait, et de son ouverture d'esprit. Je me suis dit : je rate ma vie si je ne prends pas le flambeau. »
François ne fauche qu'une fois par an, et le plus t**d possible.
C'est un choix, et il va contre ce qu'on enseigne : couper tôt préserve la valeur du fourrage, mais empêche les plantes t**dives de boucler leur cycle, et le pré s'appauvrit sans qu'on s'en aperçoive. François attend donc que montent les vesces des prés, deux légumineuses à fleur violette et à fleur jaune. Tant qu'elles ne sont pas là, rien n'a vraiment fleuri.
Le résultat tient dans un chiffre : de 80 à 150 espèces selon les parcelles. Il vous en nommera dix sans réfléchir. Le cistre, si odorant que ses bêtes le refusent sur pied et le dévorent une fois séché. Le serpolet, la reine des prés, la pimprenelle, « au milieu entre la noix et le concombre ».
Il n'apporte rien d'autre à ces prés que le fumier et le purin de ses vaches. « La ferme est en circuit fermé. La fertilité générée par le troupeau retombe sur les prairies. »
Et cette diversité le lui rend bien. Cet été, quand la chaleur a coupé net la pousse de l'herbe, c'est une zone humide de la ferme qui a permis au troupeau de trouver de l'herbe malgré tout. Plus un pré est riche, mieux il encaisse les caprices du climat. « Ça, c'est vraiment ce qui m'anime. »
Depuis 2019, chaque été, quelques bottes descendent de chez lui jusqu'au Moulinon, où nous les faisons infuser dans le lait pour notre glace au foin.
« Comment vous arrivez à faire ressortir l'univers de la prairie ? », s'étonne encore François.
« C'est exactement la même odeur que quand on fait les foins, ou quand on donne le foin en hiver, ou quand on se promène dans les prairies. Mais c'est même exacerbé. C'est comme si mes sens étaient surdéveloppés. »
Reste le lait. Chaque semaine, la laiterie Carrier nous livre le lait frais de toutes nos glaces et crèmes glacées. Elle collecte sur la montagne depuis 1966 et, parmi ses fermes, dès le premier jour : le Pré de Mazan.
Pour François, un lait nourri de prairies diversifiées est « plus digeste, plus gustativement intéressant ». Emma, qui gère nos achats, le lui a confirmé : « On le ressent dans les glaces. Le lait du plateau ne nous donne pas les mêmes glaces qu'un lait standard. »
Un peu de son pré se glisse donc dans chacune de nos crèmes glacées.
Dans la glace au foin, il y est deux fois…