05/06/2026
𝘿𝙚 𝙡’𝙖𝙧𝙩 𝙙𝙚 𝙨’é𝙢𝙚𝙧𝙫𝙚𝙞𝙡𝙡𝙚𝙧 (𝘰𝘶 𝘱𝘰𝘶𝘳𝘲𝘶𝘰𝘪 𝘤𝘦𝘳𝘵𝘢𝘪𝘯𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘪𝘯𝘶𝘦𝘯𝘵 𝘥𝘦 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘳𝘦𝘨𝘢𝘳𝘥𝘦𝘳 𝘭𝘦 𝘮𝘰𝘯𝘥𝘦 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘥𝘦𝘴 𝘺𝘦𝘶𝘹 𝘯𝘦𝘶𝘧𝘴).
Je crois que l’une des grandes tragédies de l’âge adulte est que nous cessons de nous émerveiller. Et le plus tragique, c’est que cela ne se produit pas brutalement. Personne ne se réveille un matin en décidant de ne plus être surpris par le monde. Cela arrive peu à peu, à force d’habitude, à force de répétition, à force de croire que nous connaissons déjà les choses.
Nous avons déjà vu des couchers de soleil, entendu la pluie frapper contre une fenêtre, goûté une tomate, marché dans une forêt. Nous avons déjà aimé. Nous avons déjà perdu. Alors nous commençons à regarder sans vraiment voir, à écouter sans vraiment entendre, à traverser les jours avec le sentiment que le monde nous a déjà révélé l’essentiel.
Et pourtant, je crois que la vie ne cesse jamais de nous offrir des miracles. Ils deviennent simplement plus difficiles à percevoir. Ils ne prennent plus la forme de grandes révélations. Ils se cachent dans les détails : dans une odeur capable de nous ramener dix ans en arrière, dans une lumière particulière sur une table, dans la première cerise de la saison, dans le craquement d’un pain tout juste rompu, dans le silence qui précède la première bouchée, dans cette sensation étrange, presque enfantine, qui nous fait soudain penser : « Je n’avais jamais vu cela de cette façon. »
Aujourd’hui, j’ai goûté la nouvelle carte de juin et, pendant quelques instants, j’ai retrouvé ce sentiment. L’émerveillement.
Non pas parce que tout était inattendu. Au contraire. Il y avait des produits que je connaissais déjà, des saveurs familières, des ingrédients que je pensais comprendre. Et pourtant, quelque chose avait changé.
Je crois qu’il existe des personnes qui possèdent ce talent rare. Le talent de nous obliger à regarder à nouveau, de nous rendre notre curiosité, de nous rappeler que rien n’est jamais complètement épuisé, que derrière chaque produit existe encore une possibilité, derrière chaque saison une émotion, et derrière chaque assiette un regard.
Il y a ceux qui s’émerveillent et ceux qui émerveillent. Mathis fait incontestablement partie de ces dernières.
Et je crois que c’est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse adresser à un cuisinier. Parce qu’au fond, la cuisine n’est peut-être pas uniquement l’art de nourrir, ni même celui de faire plaisir. Parfois, elle est quelque chose de beaucoup plus subtil : l’art de réveiller ce que nous pensions endormi. Notre curiosité. Notre attention. Notre capacité à nous émouvoir, à nous surprendre, à nous émerveiller.
Et dans un monde qui semble chaque jour plus rapide, plus bruyant et plus convaincu d’avoir tout compris, cela me paraît infiniment précieux.
En espérant que vous trouverez dans cette carte, vous aussi, un peu de cet émerveillement,
E.