05/02/2026
Crachats, excréments, garde à vue : quand le racisme change de camp… dans les procès-verbaux
À Montargis, une femme noire harcelée depuis des années par ses voisins racistes se retrouve en garde à vue pour s’être défendue. Une affaire qui dit beaucoup moins sur un conflit de voisinage que sur l’état de la République face au racisme ordinaire, à la complaisance institutionnelle et à l’extrême droite désormais installée dans le décor.
Montargis, janvier 2026 : le sourire comme acte de résistance
L’émotion affleure, mais ne rompt pas. Divine Kinkela parle doucement, avec cette dignité tranquille que les dominants confondent trop souvent avec de la faiblesse.
« Ils m’ont déjà dit qu’ils allaient m’enlever mon sourire. Mais je suis naturellement joyeuse. Et je pense que ça les dérange profondément, de voir une femme noire rayonner. »
Divine Kinkela, 57 ans, aide-soignante, militante communiste, vit à Montargis depuis des années. Elle y travaille, elle y vote, elle y soigne. Elle y subit aussi, depuis longtemps, une violence raciste répétée, documentée, filmée, connue.
En juin 2024, la France découvre son visage dans un reportage d’Envoyé spécial sur France 2 consacré à la montée du vote Rassemblement national dans le Loiret. Face caméra, ses voisins, sympathisants du RN, la couvrent d’injures racistes :
« On est chez nous », « Va à la niche », « On a quitté les HLM à cause de gens comme toi », cris de singe, comparaisons animales.
La scène choque. L’indignation est nationale. Les promesses de fermeté pleuvent. Puis, comme souvent, le cycle médiatique se referme.
Pas le harcèlement.
Quand les caméras s’éteignent, les crachats continuent
Un an et demi plus t**d, Divine Kinkela vit toujours là. Et ses voisins aussi.
Les insultes ont laissé place à autre chose. Plus sale. Plus symbolique. Plus menaçant.
Le dimanche 18 janvier 2026, des excréments sont retrouvés sur la voiture de son époux. Aucun mot. Aucun témoin. Des soupçons évidents, mais pas de déclaration hâtive. Une plainte est déposée.
Trois jours plus t**d, nouvel épisode. Cette fois, les excréments sont projetés sur un véhicule de location utilisé par Divine. Elle est en train de décharger ses courses. Les voisins sont présents. Le bruit est entendu. Les faits sont photographiés. Une nouvelle plainte est déposée. Documents à l’appui.
Puis vient le troisième acte, celui qui fera basculer la situation — non pas du côté de la justice, mais de l’absurde.
Se défendre devient une faute
Le jeudi 29 janvier, Divine est au volant de sa voiture. L’un de ses voisins s’avance vers elle.
Il crache sur la vitre.
Divine sait à qui elle a affaire. Cet homme sort tout juste de prison pour violences conjugales et outrage à magistrat. Ce n’est pas une rumeur. C’est un fait judiciaire confirmé.
Face à lui, elle a peur.
Peur d’être frappée.
Peur que la scène dégénère.
Peur que personne n’intervienne, comme tant de fois auparavant.
Elle utilise alors un spray lacrymogène, acheté précisément pour se défendre.
La police arrive. Alertée par… les voisins.
Divine est convoquée au commissariat.
Puis placée en garde à vue.
Six heures.
Six heures pour une femme harcelée depuis des années.
Six heures pour une victime identifiée, filmée, reconnue.
Six heures pour celle qui n’a fait que se protéger.
À sa sortie, libre, sans poursuites immédiates, une nouvelle injonction tombe : une évaluation psychologique lui est demandée.
La victime doit donc prouver qu’elle va bien.
Ses agresseurs, eux, continuent de dormir chez eux.
L’inversion parfaite
Tout, dans cette affaire, illustre une mécanique désormais bien rodée.
– Le racisme est documenté → on parle de “conflit de voisinage”.
– Les violences sont répétées → on invoque la “complexité du dossier”.
– La victime se défend → elle devient suspecte.
– Les agresseurs appellent la police → ils sont entendus.
Bruno Nottin, candidat PCF aux municipales de Montargis, résume sobrement :
« Divine Kinkela est la victime, pas la coupable. »
Mais le problème dépasse largement un quartier, une rue, un commissariat.
Un climat politique qui libère les pulsions
À Montargis comme ailleurs, l’extrême droite est installée. Un député RN a été élu dans la circonscription. Le discours raciste n’est plus marginal, il est banalisé, relayé, excusé, relativisé.
Ce n’est pas un hasard si cette affaire dure.
Ce n’est pas un hasard si les intimidations continuent.
Ce n’est pas un hasard si la parole raciste s’autorise tout.
Divine Kinkela coche toutes les cases de ce que l’extrême droite déteste :
– femme,
– noire,
– engagée,
– militante,
– visible,
– digne.
Trop pour certains.
À l’époque, plusieurs responsables RN avaient parlé d’un simple “conflit de voisinage”.
Un député d’extrême droite avait saisi l’Arcom, non pour les insultes, mais pour dénoncer l’engagement politique de Divine.
D’autres ont tenté de salir, de détourner, d’inventer des contre-affaires, comme on jette de la boue pour masquer les excréments bien réels.
Ce que dit vraiment cette affaire
Elle dit que le racisme n’a plus besoin de cagoule.
Elle dit que la justice traite encore trop souvent les victimes comme des problèmes à gérer.
Elle dit que se défendre devient suspect quand on n’a pas le bon visage.
Elle dit que la République recule quand elle tolère l’intolérable au nom de l’ordre.
Divine Kinkela, elle, ne se dérobe pas.
« Je suis née libre. Je ne peux pas accepter d’être humiliée gratuitement. »
Ce n’est pas un slogan.
C’est un rappel.
Et maintenant ?
L’affaire n’est pas close. Les plaintes sont là. Les preuves aussi.
Reste à savoir si la justice choisira enfin de regarder le racisme en face, ou si elle continuera à détourner le regard, laissant aux victimes la charge de se justifier d’exister.
À Montargis, en 2026, une femme noire a été mise en garde à vue pour avoir voulu rester debout.
Ce fait, à lui seul, mérite d’être écrit.
Et surtout, de ne pas être oublié.
Sources : l’Humanité, France 2 (Envoyé spécial), Franceinfo, France Bleu, Le Monde, La République du Centre, Magcentre, TV5MONDE, BFM, Ouest-France, La Montagne, Le Figaro, Le Populaire du Centre, Huffington Post, JDD, La Provence, Le Berry Républicain.
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