Hotel La Louisiane

Hotel La Louisiane Bookings my email or phone Wifi haut-débit inclus. Plusieurs salles de réunion: 65m2, 50m2 et 45m2. Deux escaliers et deux ascenseurs. Excellente literie.

Hotel La Louisiane, in the heart of Saint-Germain-des-Prés since 1823, the oldest hotel in Paris, has been a haven for renowned writers, artists, musicians, filmmakers, poets, and mostly travellers from all over the world. Chaque jour ici, sur notre page HôtelLaLouisiane, nos articles et photos racontent notre actualité, notre histoire et autour présentent restaurants, cafés, galeries, événements

et la vie à Saint-Germain-des-Prés :
https://lnkd.in/eP-fz8T

Nuit d'hôtel en chambre simple, double (à 2 lits simples ou un grand lit), triple, quadruple, quintuple, sextuple ou Suite de 2 pièces. Emplacement de parking réservé sur rue (sur requête préalable uniquement). Chambres sur rue ou sur une cour intérieure au calme. Réception ouverte 24h24, enregistrement rapide. Téléphone +33 (0) 144 321 717

« Ne travaillez jamais » Quand Sartre et Beauvoir quittent Montparnasse et son café "le Dôme" pour se rapprocher de Sain...
17/08/2026

« Ne travaillez jamais »

Quand Sartre et Beauvoir quittent Montparnasse et son café "le Dôme" pour se rapprocher de Saint-Germain-des-Prés, ils s’installent à l’hôtel La Louisiane où quiconque peut négocier le prix de sa chambre et la payer au mois.
C’était en 1943, pendant la guerre, en hiver. Marthe, talentueuse tôlière se fournit en charbon sur le marché noir. Il fait bon à la Louisiane, les chambres sont bien chauffées. Sartre a ainsi tout le loisir d’y penser, et Beauvoir de commencer à écrire son œuvre romanesque, l’illustration de son féminisme. Mais, entre les murs de la Louisiane, ce n’est pas toujours studieux : les vagabonds et les artistes testent la vie, ils expérimentent leurs idées et les confrontent. Ils les font chair. Tous s’incarnent en voyageurs, une identité parfaite pour les êtres les plus farouches. L’écriture bien sûr s’unit aux plaisirs sensuels et sexuels… De jeunes étudiantes, amantes de Beauvoir la rejoignent chambre 10, où la belle agrégée de philosophie écrit, se repose et reçoit. Au travers des couloirs dédales de la Louisiane, les portes des chambres s’ouvrent et se ferment. Les résidents se rejoignent avant le couvre-feu à 20H. Les longues fins de journées consacrées à la séduction et aux conversations ont lieu au Flore. Ils sirotent ersatz de Café ou Viandox avant de se faufiler sous les draps pour y prendre du plaisir. En 1943, cette clic avançait doucement ses pions sur l’échiquier des libertés.
Cette forme d’anti-conformisme se jouait à La Louisiane. Sartre y étudiait, y déversait son encre, le soir. Ses mains bien au chaud, il ne craignait pas les engelures, les crampes, ni les paralysées momentanées. Au Flore, il fréquentait Prévert lors du tournage des Enfants du Paradis. Mouloudji, Vian, Cazalis s’installaient à sa table pour écouter ses récits. On transmettait, on vivait de plaisirs, de la Noce, des amours nouvelles. Cet assemblage improbable détonait, mais fut essentiel pour la jeunesse d’après-guerre qui put poser ses deux pieds sur un sol fou et faire carrière. Vivre devint une urgence, une récréation très instructive...
Quelques années passent, on lit sur les murs de la rue de Seine et ceux de la rue de Buci « Ne travaillez jamais ». L’auteur de ses mots, le prophète en question, c’est Guy Debord, le punk de Saint-Germain-des-Prés, celui qui ria la morale bourgeoise en prenant des postures génialement détestables, peu sérieuses. Beaucoup préféraient alors aux raideurs de la pensée, les questionnements, l’inspiration. Pour mieux écrire, afin que de nouvelles muses vous effleurent les mains, il fallait obéir à ces nouvelles injonctions, et quitter les routines, la vie familiale, le rôle qui domestique.

Saint Germain des Pres Hotel La Louisiane

Souvenir de légende : Le Prix de Flore fêté à l'Hôtel La Louisiane   Paris désert, ville invraisemblable… Durant de long...
16/08/2026

Souvenir de légende : Le Prix de Flore fêté à l'Hôtel La Louisiane

Paris désert, ville invraisemblable… Durant de longs mois, nous avons été confinés. Dans les rues, nous assistions à la remise en forme des Parisiens travestis en coureurs, en cyclistes. Des citadins faisaient leurs courses, aux heures permises. Le spectacle d’un drame mondial se jouait sous nos yeux. Le gouvernement diffusait ses annonces à la télévision ; nous espérions, à chaque allocution du Président de la République, le lever du confinement. Nous rêvions de retrouver notre liberté, celle de nous promener, d’aller travailler, de rencontrer nos amis, notre famille et faire la fête. Durant ces longs mois, l’hôtel la Louisiane est resté ouvert ; quiconque pouvait y louer une chambre. Les prix, ultra remisés jamais ne furent plus concurrentiels ! Certains chanceux purent dormir pour seulement trente euros. La Louisiane n’a pas tant de mérite, elle n’a pas bravé les interdits en ouvrant ses portes, en demeurant un commerce actif.
En effet, son statut juridique est le même que celui des appartements en location : une nuitée est vendue avec une taxe de séjour entre deux parties, le bailleur et le « locataire », celui que l’on appelle, le « voyageur ». C’est ainsi que l’hôtel, ce gros paquebot de la rue de Seine et de la rue de Buci vogua sur les flots durant de longues semaines. Entre ses murs, résidaient des femmes et des hommes lassés de vivre sous le même toit que leur moitié, du personnel soignant, des êtres en quête de liberté.
A l’automne 2020, des rencontres discrètes et des soirées illicites se déroulaient dans les appartements parisiens. Un soir, les lumières du 60, rue de Seine ont brillé t**d dans la nuit : plusieurs dizaines de parisiens ont déambulé dans les couloirs dédales de l’hôtel, leur verre à la main. Ils étaient venus fêter le Prix de Flore décerné à Thibault de Montaigu pour son roman, "la Grâce", édité chez Plon. A la demande de Fréderic Beigbeder, fidèle voyageur de l’hôtel, le Prix a été remis sur le toit-terrasse par les membres du jury. Puis, la soirée s’est éternisée. Des silhouettes venues d’on ne sait où, toutes fondues dans ce même désir de s’amuser et de rire à la face des obligations citoyennes se faufilaient de chambres en chambres pour y trouvaient l’amour ou d’autres grâces. Les conversations quittèrent le ton morne qui habillait les mots. Les sourires se dessinèrent à nouveau sur les visages. Certains, par magie, reprirent des couleurs. La littérature fut un beau prétexte : elle permit de raviver les humeurs. Etrange d’ailleurs, dans cet état de déconfinement momentané, dandys et élégantes, faux poètes et noceuses, en tombant le masque, formèrent un groupe assez homogène. Tout ce beau monde semblait heureux, tout simplement. Le besoin de se réunir était grand, il était vital de faire la fête. Puis, la vie et son sérieux, ses routines, reprirent le dessus, le Flore accueille son prix là où il fut créé, à sa place, dans son nid, au Café, boulevard Saint-Germain. Les années se succèdent. Le livre initie la fête. Quelques convives, voyageurs de la Louisiane dansent alors sur les tables et partagent un rock. Les lendemains, les clients de la librairie « l’écume des pages » découvrent le livre star de la soirée dans les librairies, il est alors recouvert de son ruban rouge.

Ces deux institutions germanopratines où Sartre écrivait sont à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, au coeur de Saint-Germain-des-Prés.

Prix de Flore
Hotel La Louisiane

🔴 À La Louisiane, on déroule le tapis rouge.Un nouveau tapis vient de prendre place devant notre grande porte de la rue ...
15/08/2026

🔴 À La Louisiane, on déroule le tapis rouge.
Un nouveau tapis vient de prendre place devant notre grande porte de la rue de Seine : rouge, bien sûr, frappé du nom de l’Hôtel La Louisiane et de la date de notre fondation à laquelle nous tenons tant : 1823. Celle du plus ancien des hôtels de Paris.

Deux siècles d’histoires, de voyageurs, d’écrivains, d’artistes, de nuits parisiennes et de conversations qui se prolongent jusqu’au matin.
Le rouge, à Saint-Germain-des-Prés, n’est d’ailleurs jamais tout à fait une couleur innocente.

C’est le rouge des taureaux de Picasso, qui ne peignait pas dans sa chambre, mais à quelques pas d’ici, rue des Grands-Augustins.

C’est le rouge révolutionnaire de Danton, dont la statue veille toujours sur le carrefour de l’Odéon, et celui des bonnets phrygiens de ceux qui rêvaient de refaire le monde. Camille Desmoulins, le grand journaliste de la Révolution, habita dit-on à La Louisiane avec d'autres membres du Club des Cordeliers.

C’est aussi le rouge politique d’un Saint-Germain où Jean-Paul Sartre, au temps des grandes passions idéologiques du XXe siècle, pouvait brandir le Petit Livre rouge de Mao tandis que, quelques tables plus loin, on discutait philosophie, littérature et révolution jusqu’à la fermeture des cafés.

C’est le rouge des lèvres de Juliette Gréco, reine des nuits de Saint-Germain.

C’est le rouge des rideaux des théâtres qui une fois refermés, laissaient Georges Wilson, Eva & Adele, Robert Le Page regagner leurs chambres,

C’est aussi le rouge sang de Quentin Tarantino, habitué de La Louisiane, cinéaste qui en a fait presque une couleur à part entière : éclatante, excessive, jubilatoire, jaillissant de l’écran comme dans Kill Bill. Lui a foulé le tapis rouge du Palais des Festivals de Cannes pour recevoir sa Palme d'Or, qu'il ramena fièrement à La Louisiane.

Et puis il y a le rouge incandescent de Jim Morrison, autre hôte de La Louisiane : rouge du rock, de la poésie, de la révolte et de cette flamme qui brûle vite mais laisse longtemps sa trace.

C’est le rouge des néons et des enseignes qui s’allument lorsque tombe la nuit sur la rue de Buci et les rues de la Soif.

Et puis, heureusement, c’est aussi un rouge beaucoup moins révolutionnaire : celui du vin 🍷 que nos voyageurs aiment partager dans nos salons ou rapporter dans leur chambre, après avoir parcouru Paris toute la journée.

Un rouge qui aurait sans doute convenu à Saint-Exupery, à Hemingway, à Henry Miller, à Simone de Beauvoir, à Sartre, à Camus, à Miles Davis, et à tous ceux qui ont fait de Saint-Germain-des-Prés un endroit où l'on venait autant pour vivre que pour dormir.

Aujourd’hui, le rouge commence donc à nos pieds. Notre grande porte l’était déjà. Et, qui sait, peut-être qu’un jour prochain toute la façade de La Louisiane se mettra elle aussi au rouge…

Après tout, depuis 1823, La Louisiane a appris une chose : à Paris, il faut parfois savoir garder ses couleurs.

❤️ Hôtel La Louisiane — Saint-Germain-des-Prés — depuis 1823

Elisée Blanchot & Marthe et Alazay, les tauliers de l'hôtel La Louisiane Quand le jurassien Elisée, le grand-père de Xav...
14/08/2026

Elisée Blanchot & Marthe et Alazay, les tauliers de l'hôtel La Louisiane

Quand le jurassien Elisée, le grand-père de Xavier, décède, sa v***e, la normande cauchoise Marthe Blanchot reprend courageusement les rênes de l’institution germanopratine, alors qu'elle est mineur à moins de 21 ans. Avec elle, l’hôtel La Louisiane traverse les années de la deuxième guerre mondiale et l’Occupation allemande de Paris. Depuis sa chambre au sixième étage, elle voit son hôtel se remplir d’écrivains compliqués, d’artistes sans le sou, de proscrits de l'Etat français pétainiste et de réfugiés du totalitarisme. De loin, Marthe assiste à la création de la r***e des Temps Modernes, ainsi qu’aux répétitions de Huit Clos, elle voit émerger les thèses existentialistes avec Jean-Paul Sartre, le féminisme avec Simone de Beauvoir puis l’absurde avec Albert Camus. Ces intellectuels sont des clients qui la respectent pour son courage et la force de ses bras travailleurs. Mais son monde intérieur, qu’en dire ?

Ses proches, survivants du siècle dernier, la présentent comme une femme déterminée, sévère. Elle n’aurait pas laissé des balivernes freiner ses ambitions. A l’horizon, elle voyait sa réussite. Elle y parvint puisque l’hôtel devint iconique grâce aux artistes qu’elle fit entrer entre ses murs. Femme et seule dans son château au 60 rue de Seine, elle ressentit le désir de trouver un mari, un homme qui puisse venir à sa rescousse face aux résidents violents.

Ce compagnon, elle le rencontre au Café Mondrian à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de Seine (aujourd'hui disparu), à quelques mètres de La Louisiane, il s’appelle Alazay. Son corps lourd la rassure. Son expérience de limonadier la convainc. Il revient d’Indochine où un paquebot a transporté de riches voyageurs. Il y était stew. L’homme n’a pas grand-chose à dire mais sa ténacité, son bon sens ainsi que ses ambitions matérielles le hissent à la hauteur : il devient rapidement son mari.

Gréco, Cazalis, Vian croisent Raymond Alazay à la réception, avachi dans son fauteuil, les yeux rivés sur les comptes. Dans le Journal d’une Anne, Cazalis évoque sa présence, comme celle de la petite ch**te Xavière, dont les griffes bien limées maltraitent ses bras. Alazay s’habille à la manière des Monégasques, avec ce goût du sud, et il a plaisir d’afficher son argent. Il compte les billets, les regarde de près. Mais il est là, il rassure. Il est tellement là qu’il est assimilé au propriétaire des lieux.

Aujourd’hui encore, il peut arriver de croiser son nom dans les romans comme dans « Mortel Tabou » de Gilles Schlesser (Editions. Parigrammes). Il incarne si bien la figure du taulier proche de son argent, qu’il fut, lui aussi, une source d’inspiration... Marthe, plus travailleuse, discrète comme le sont les fourmis, ancienne femme de ménage, était, quant à elle, trop occupée à laver le linge, à veiller sur ses résidents, à remplir la marmite, à enfourner le charbon qu'elle négociait âprement au marché noir dans les gros conduits au sous-sol, à élever leur petite fille…

L’Histoire de La Louisiane avance doucement, toujours tissée de ses vérités, ses efforts au travail, ainsi que ses affabulations. Ainsi se construisent les mythes et les légendes.

Illustrations : photo de la façade de l'hôtel La Louisiane avant la 1ere guerre mondiale, tableau de la façade de l'hôtel La Louisiane en 1927, photo de Marthe Alazay jeune, photos d'Elisée Blanchot dans le Jura à Villevieux, en ville, et soldat zouave sur le front des Dardanelles à la bataille de Gallipoli.

Hotel La Louisiane

QUAND LE SOLEIL DISPARAÎT SUR SAINT-GERMAIN-DES-PRÉSCe soir, 12 août 2026, la Lune a rendez-vous avec le Soleil. Pourtan...
12/08/2026

QUAND LE SOLEIL DISPARAÎT SUR SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS

Ce soir, 12 août 2026, la Lune a rendez-vous avec le Soleil. Pourtant, ils règnent sur deux mondes incompatibles, malgré leur attirance gravitationnelle. Juliette Gréco, qui ne dormait pas toujours la nuit dans sa chambre 10 de La Louisiane, chanta :
« Un petit poisson, un petit oiseau
S'aimaient d'amour tendre
Mais comment s'y prendre quand on est là-haut ? »

Une éclipse solaire traversera le ciel de l'Europe, mais à Paris, elle sera partielle : à 19h15, la Lune commencera à grignoter notre étoile, avant un maximum vers 20h15 et un étrange coucher de Soleil éclipsé.

Pour ce qui est de l'hôtel La Louisiane, nous aimons toutes les Lumières, surtout celles qui permettent de mieux voir le monde. Cette éclipse, que nous regarderons depuis notre rooftop, nous donne envie de raconter des histoires. Et avec le Soleil, Paris en possède quelques-unes.

Une très ancienne légende prétend ainsi que Paris aurait été fondée sous le signe d'Isis. Certains auteurs d'autrefois s'amusèrent même à rapprocher le nom de la capitale de celui de la déesse : Par-Isis…
Les Parisii étaient le peuple de gaulois et de druides installés sur les bords de la Seine avant la conquête romaine. Et Isis, déesse égyptienne de la Magie et de l'Amour, est une belle patronne pour une ville mystérieuse. Epouse d'Osiris, elle appartient à un monde où le cycle solaire, la mort et la renaissance rythment l'ordre du cosmos.

Quelques siècles plus t**d, Paris rencontrera un autre Soleil. ☀️ Louis XIV, le Roi-Soleil. Certes, le monarque installa finalement sa cour à Versailles (petite vexation immobilière dont Paris s'est depuis assez bien remise), mais son règne fit de la France la première puissance européenne et donna à Paris une dimension politique, culturelle et artistique extraordinaire.

Ce fut le Grand Siècle. Et Saint-Germain-des-Prés en fut l'un des laboratoires intellectuels.

Dans son abbaye travaille alors Dom Jean Mabillon, immense savant bénédictin, historien et érudit, considéré comme l'un des fondateurs de la diplomatique moderne, cette science permettant d'établir l'authenticité des documents anciens. Cela méritait bien une station de Métro, "Mabillon" Ligne 10, à 1 minute à pieds de la grande porte de l'hôtel La Louisiane.

Le quartier avait Saint-Germain-des-Prés déjà ses intellectuels depuis le Moyen-Age, il ne les perdra plus. Car après le Soleil vint le siècle des Lumières.

Et quel plus beau prolongement du Soleil que la lumière de l'esprit ? Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu et les Encyclopédistes, réunis au café Procope à côté de La Louisiane (qui s'appelle à l'époque l'Hôtel de Venise), combattent la nuit du totalitarisme et l'obscurantisme par la raison, le savoir, la critique et la liberté de penser. Avec eux, Paris devient la capitale intellectuelle de l'Europe, et devient la Ville Lumière.

Et Saint-Germain-des-Prés continuera de rayonner. Après les philosophes viendront les écrivains, les peintres, les poètes, les existentialistes, les musiciens : Baudelaire, Apollinaire, Hemingway, Sartre, Simone de Beauvoir, Camus, Giacometti, Juliette Gréco, Miles Davis… À quelques mètres de la Seine, les cafés et les hôtels deviennent des constellations.

Et parmi eux, depuis 1823, La Louisiane. Chez nous aussi, on a toujours beaucoup aimé les Lumières, celles de l'intelligence, de la littérature et de la fête.

Et parfois celles du petit matin, lorsque certains artistes et voyageurs, et les réceptionnistes de l'hôtel La Louisiane, ont simplement oublié d'aller se coucher.

Mais une éclipse nous rappelle quelque chose d'essentiel : même le Soleil peut disparaître. Les Grecs le savaient. Tirésias possédait le don de voir ce que les autres ne pouvaient voir… mais il était aveugle. Comme si la mythologie voulait nous rappeler que voir loin n'implique pas nécessairement de voir avec ses yeux.

Et puis il y a Icare. Grisé par le vol et oubliant les avertissements de son père Dédale, il monte toujours plus haut. Plus près. Encore plus près. Jusqu'au Soleil. Mais la cire de ses ailes fond. Et Icare tombe. Une histoire vieille de plusieurs millénaires dont la morale n'a pas pris une ride : toute lumière mérite qu'on la regarde avec discernement. Même les lumières nouvelles.

Même, peut-être, cette étrange lumière artificielle que nous appelons aujourd'hui Intelligence Artificielle. Elle aussi promet de nous faire voler plus haut, d'accéder plus vite au savoir, d'éclairer des territoires jusque-là obscurs. Quel formidable outil, mais à condition de ne pas lui abandonner nos ailes et de ne pas être aveuglé par notre Hubris.

Car entre Icare et ChatGPT, quelques millénaires ont passé, mais la question demeure étrangement familière : jusqu'où pouvons-nous nous approcher de ce qui nous fascine sans nous y brûler ?

Alors ce soir, à Saint-Germain-des-Prés, regardons le ciel. Mais surtout… ne regardez jamais directement le Soleil, même pendant une éclipse. Utilisez exclusivement des lunettes spéciales pour éclipses conformes à la norme ISO 12312-2. Les lunettes de soleil ordinaires, même très sombres, ne protègent absolument pas vos yeux. Icare nous a prévenus.

La Génération perdue à Paris, Saint-Germain-des-Prés et les Mauvais garçons de la rue de BuciIls étaient écrivains, poèt...
11/08/2026

La Génération perdue à Paris, Saint-Germain-des-Prés et les Mauvais garçons de la rue de Buci

Ils étaient écrivains, poètes, peintres, photographes, éditeurs, Américains pour beaucoup, Européens pour certains. Ils étaient jeunes, brillants, insolents, parfois déjà célèbres, souvent sans argent. Ils avaient connu la Première Guerre mondiale ou grandi dans son ombre et ne croyaient plus tout à fait aux valeurs, aux certitudes et aux conventions du monde de leurs parents. Dans les années 1920, Paris leur offrit ce qu’ils étaient venus chercher : la liberté de vivre, d’écrire, d’aimer, de boire, de discuter jusqu’au matin et, surtout, d’inventer une nouvelle manière d’être au monde.

On les appela la Génération perdue — The Lost Generation. L’expression est indissociable de Gertrude Stein, qui l’employa devant Ernest Hemingway. Celui-ci la rendit célèbre en la plaçant en épigraphe de The Sun Also Rises, Le Soleil se lève aussi, donnant ainsi un nom à toute une constellation d’écrivains expatriés. Mais cette génération n’était peut-être pas vraiment perdue : elle avait simplement changé de pays, et son pays d’élection était Paris.

Leur géographie allait de Montparnasse au Quartier latin, du jardin du Luxembourg à l’Odéon, des quais de Seine à Saint-Germain-des-Prés. Quelques rues suffisaient à relier appartements, ateliers, cafés, librairies, restaurants et hôtels où se croisaient ceux qui allaient transformer la littérature et l’art du XXe siècle.

Au cœur de cette constellation se trouvait Ernest Hemingway. Journaliste, voyageur, boxeur amateur, pêcheur, buveur et surtout écrivain, il fit de Paris l’un des lieux essentiels de sa formation littéraire. Des décennies plus t**d, il ressuscitera cette jeunesse dans A Moveable Feast, devenu en français "Paris est une fête". Il y résume son attachement à la ville en quelques phrases devenues mythiques : « Il n’y a jamais de fin à Paris », « Tu m’appartiens et tout Paris m’appartient », et surtout cette phrase qui pourrait servir d’épigraphe à toute la Génération perdue : « Mais Paris était une très vieille ville et nous étions jeunes. » La vieille ville et les jeunes gens, la pauvreté et l’ambition, les manuscrits encore à écrire, les rencontres qui semblaient ordinaires et qui allaient devenir l’Histoire : tout est déjà là.

Autour de Hemingway apparaissaient Francis Scott Fitzgerald et Zelda Sayre Fitzgerald, couple aussi brillant que tumultueux. Fitzgerald était le grand chroniqueur de l’Âge du jazz, de ses fêtes, de ses illusions et de ses désastres ; Zelda, loin de n’être que son épouse, était elle-même écrivaine, artiste et l’une des personnalités les plus flamboyantes de son époque. Les rapports entre Hemingway et Fitzgerald mêlaient admiration, camaraderie, compétition, irritation et brouilles, exactement le genre d’amitié passionnée dont le Paris des années vingt semblait avoir le secret. Il y avait aussi James Joyce, qui travaillait à une œuvre destinée à bouleverser la littérature moderne. Et pour comprendre Joyce à Paris, il faut parler de Sylvia Beach et de Shakespeare and Company.

La librairie de Sylvia Beach se trouvait alors au 12, rue de l’Odéon, à quelques minutes à pied de Saint-Germain-des-Prés et de La Louisiane. Elle n’était pas simplement une librairie anglophone : c’était une bibliothèque de prêt, un salon, une boîte aux lettres, un refuge, un lieu de rencontres et parfois presque une banque pour écrivains sans argent. On pouvait y croiser Hemingway, Fitzgerald, Ezra Pound, T. S. Eliot, Gertrude Stein et Joyce. C’est Sylvia Beach qui accomplit l’un des gestes les plus audacieux de l’histoire littéraire du XXe siècle en publiant Ulysses de James Joyce à Paris en 1922, alors que le livre rencontrait ailleurs censure et refus des éditeurs. À quelques rues de là, Gertrude Stein et Alice B. Toklas tenaient leur célèbre salon, autre foyer de l’avant-garde où écrivains, peintres et collectionneurs se rencontraient, s’admiraient, se jugeaient et parfois se détestaient.

Ezra Pound était l’un des grands passeurs de cette communauté. Il écrivait, bien sûr, mais il lisait aussi les manuscrits des autres, les corrigeait, présentait les écrivains les uns aux autres et défendait les talents qu’il estimait. Son intervention dans le manuscrit de The Waste Land de T. S. Eliot fut déterminante. John Dos Passos, ami et parfois compagnon de route de Hemingway, appartenait lui aussi à cet univers d’Américains qui découvraient parfois mieux leur propre pays en le regardant depuis l’Europe. John Steinbeck, légèrement plus jeune et moins directement associé au premier cercle parisien des années vingt, prolongera à sa manière cette tradition des écrivains américains fascinés par Paris.

Et puis il y avait Man Ray, arrivé de New York en 1921, photographe, peintre, expérimentateur, compagnon des dadaïstes et des surréalistes. Avec lui, les frontières entre littérature, photographie, peinture, cinéma, poésie et vie quotidienne s’effaçaient. L’œuvre continuait dans le café, le café continuait dans la rue, et la rue pouvait continuer dans une chambre d’hôtel.

C’est ici qu’entre pleinement dans l’histoire l’Hôtel La Louisiane, au 60 rue de Seine, à l’angle de la rue de Buci, au cœur même de cette géographie littéraire. L’Odéon, les quais, les librairies, les cafés, Saint-Germain et Shakespeare and Company se trouvaient à quelques minutes de marche. Il faut imaginer ce quartier non comme le musée qu’il est parfois devenu dans notre mémoire, mais comme un organisme vivant : on descendait d’une chambre, on traversait une rue, on retrouvait un écrivain chez un libraire, un peintre dans un café, un ami dans un restaurant, puis on remontait continuer la conversation dans une chambre.

La mémoire de La Louisiane raconte ainsi des soirées prolongées derrière les portes de l’hôtel lorsque les cafés fermaient ou lorsque quelques bouteilles permettaient de poursuivre plus librement les discussions. Le whisky circulait, on parlait littérature, peinture, politique, argent — souvent du manque d’argent —, on lisait les pages écrites dans la journée, on critiquait les phrases des autres, on se disputait et l’on refaisait le monde jusqu’à une heure déraisonnable. Hemingway, Fitzgerald, Pound, Eliot, Dos Passos, Man Ray et les autres appartiennent à cette vaste famille littéraire du quartier, même s’il serait artificiel d’imaginer qu’ils se trouvaient tous au même instant autour de la même bouteille.

Et puis il y eut Henry Miller. Il arrive à Paris au début des années 1930, un peu plus t**d que le premier noyau de la Génération perdue. Au sens strict, il appartient donc davantage à sa descendance immédiate qu’au premier cercle des expatriés des années vingt. Mais il en partage l’essentiel : le rejet de l’Amérique conventionnelle, la pauvreté, l’errance, le goût de la liberté, le refus de la respectabilité et cette conviction que la littérature devait se confondre avec la vie. Avec Miller, l’histoire de La Louisiane prend surtout une dimension particulière, car c’est dans Tropique du Cancer, publié à Paris en 1934, que surgit noir sur blanc l’expression qui donne à toute cette histoire son merveilleux parfum de légende. Miller se retrouve face à l’Hôtel de Louisiane et évoque cette vieille maison connue des « bad boys of the Rue de Buci » — les « mauvais garçons de la rue de Buci ».

L’expression est donc bien plus précieuse qu’un simple surnom transmis oralement : elle appartient à la littérature elle-même et elle est directement associée par Henry Miller à La Louisiane. Miller ne fournit pas dans ce passage la liste officielle de ces « mauvais garçons » ; il serait donc abusif de prétendre qu’il désignait nominativement Hemingway, Fitzgerald, Pound, Eliot, Dos Passos ou Man Ray. Mais la formule semble avoir été inventée pour cette population mouvante d’écrivains, d’artistes, d’exilés volontaires et de noctambules qui occupaient quelques rues de la rive gauche et dont les destins ne cessaient de se croiser. Hemingway, Henry Miller, Scott Fitzgerald, Joyce, Ezra Pound, T. S. Eliot, John Dos Passos, Man Ray ; autour d’eux Zelda Fitzgerald, Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Sylvia Beach et tant d’autres : ils ne constituaient pas un club avec une carte de membre, mais une famille littéraire, faite d’amitiés, d’admirations, de rivalités, de ruptures et de rencontres.

La rue de Buci elle-même semblait destinée à devenir le théâtre de cette vie. Bien avant Hemingway et Miller, Guillaume Apollinaire l’avait déjà décrite comme une rue chère aux poètes de sa génération. Une génération de poètes y succédait ainsi à une autre : Apollinaire avant la guerre ; Hemingway, Fitzgerald et les expatriés dans les années vingt ; Miller dans les années trente ; puis, après la Seconde Guerre mondiale, Sartre, Beauvoir, Gréco, les écrivains, les musiciens de jazz et toute la mythologie de Saint-Germain-des-Prés. La Louisiane se trouve précisément au point où toutes ces générations semblent se superposer.

Hemingway et Miller donnent d’ailleurs deux visages complémentaires de Paris. Chez Hemingway, la ville est reconstruite par le souvenir : le Paris de la jeunesse, où l’on pouvait être pauvre tout en se sentant immensément riche de livres, d’amitiés, de discussions et de temps. Chez Miller, Paris est plus charnel, plus anarchique, parfois plus sale, plus affamé : les chambres d’hôtel, les restaurants lorsqu’on n’a rien mangé, les rues humides, les corps, les cafés et les nuits deviennent directement matière littéraire. Mais les deux écrivains disent finalement quelque chose de semblable : Paris permettait de devenir celui que l’on voulait être.

Et c’est peut-être cela qui explique la place singulière de La Louisiane. L’hôtel n’était pas séparé du quartier : ses chambres étaient le prolongement des rues. On quittait Shakespeare and Company et Sylvia Beach, on traversait l’Odéon, on descendait vers Saint-Germain, on retrouvait Hemingway ou Fitzgerald dans un café, Pound avec un manuscrit, Man Ray avec un appareil photographique, Joyce absorbé dans son propre monde ; puis la conversation pouvait se poursuivre rue de Seine, rue de Buci, devant un verre, puis une bouteille, puis dans une chambre. Le lendemain, une phrase entendue pendant la nuit pouvait se retrouver dans un roman. Une correction de Pound pouvait transformer un poème. Une décision de Sylvia Beach pouvait faire paraître Ulysses. Une photographie de Man Ray pouvait changer notre façon de regarder un visage. Et personne ne savait encore tout à fait que ces hommes et ces femmes deviendraient des monuments.

Avant Internet, avant les réseaux sociaux, avant les communications instantanées, quelques rues de Paris constituaient déjà un réseau intellectuel mondial. On y croisait des Américains, des Irlandais, des Anglais, des Français ; des écrivains inconnus devenaient célèbres, des œuvres réputées impubliables trouvaient un éditeur, et les idées circulaient aussi rapidement que les bouteilles. Ils étaient jeunes, ils avaient des manuscrits, peu d’argent, beaucoup d’ambition et souvent du whisky.

Hemingway se souviendra d’un Paris où « nous étions jeunes ». Quelques années plus t**d, Henry Miller regardera La Louisiane et verra le repaire des « bad boys of the Rue de Buci ». Entre ces deux images tient toute une mythologie de Saint-Germain-des-Prés : la littérature, les librairies, les cafés, les chambres d’hôtel, les amitiés, les brouilles, les désirs, les nuits et cette conviction insolente que créer valait bien le risque de mener une vie déraisonnable.

Paris était une fête. Saint-Germain-des-Prés en était l’une des scènes. Et à l’angle de la rue de Seine et de la rue de Buci, les mauvais garçons avaient leur hôtel : La Louisiane !

Adresse

60, Rue De Seine
Paris
75006

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