14/07/2026
Je n’aurais jamais imaginé devoir écrire ces mots.
Lorsque nous avons décidé d’ouvrir MARFA dans ce village, ce n’était pas pour faire fortune. Si notre seul objectif avait été de gagner de l’argent, nous aurions ouvert ailleurs, dans une grande ville, où il est bien plus simple de développer une activité rentable.
Nous avons fait un autre choix. Celui de croire qu’un café peut être bien plus qu’un commerce. Un lieu où l’on se rencontre, où l’on échange, où l’on découvre des artistes, où l’on partage un repas, un concert, une exposition ou simplement une conversation. Un lieu ouvert à tous, sans distinction.
Samedi dernier, cette conviction a été profondément ébranlée.
Au cours d’une discussion qui portait au départ sur la vie du village et la fréquentation du café, nous avons ensuite parlé du vivre-ensemble et de certaines remarques qui m’avaient été rapportées concernant mes origines. Nous pouvions être en désaccord. C’est normal. Mais à partir du moment où les arguments ont laissé place aux insultes, aux menaces et à la violence, ce n’était plus un débat.
Devant plusieurs témoins, mon interlocuteur a tenté de passer derrière le bar pour venir s’en prendre à moi. Sans l’intervention des personnes présentes, je ne sais pas jusqu’où la situation aurait pu aller.
J’ai été insulté, traité de « petite m***e » et menacé à plusieurs reprises. Moi-même, ainsi que plusieurs personnes présentes, avons entendu des propos tels que : « On va s’occuper de toi », « Tu n’es pas d’ici », « Tu n’as rien à faire ici. » Ces paroles ont été prononcées devant témoins et m’ont profondément marqué.
Depuis quelque temps, plusieurs clients sont venus me rapporter avoir entendu des remarques ou des commentaires visant mes origines. Ils ne me l’ont pas dit en privé : lorsqu’ils me l’ont raconté, d’autres personnes étaient présentes autour de nous et ont également entendu leurs témoignages. Lorsque plusieurs personnes, à différents moments, rapportent les mêmes faits, il devient difficile de croire qu’il ne s’agit que de simples rumeurs.
J’ai donc décidé de saisir le procureur de la République et de lui transmettre l’ensemble des éléments dont je dispose, notamment les témoignages des personnes présentes, afin que toute la lumière puisse être faite sur ces événements.
Je n’écris pas ces mots pour alimenter une polémique ou pour opposer les habitants les uns aux autres. Je les écris parce que je refuse que ce genre de comportement devienne banal. Nous avons tous le droit d’avoir des opinions différentes. En revanche, personne ne devrait être insulté, menacé ou craindre une agression pour avoir exprimé son point de vue ou en raison de ses origines.
Je remercie sincèrement toutes les personnes qui sont intervenues samedi dernier. Leur sang-froid et leur courage ont probablement empêché que la situation ne prenne une tournure encore plus grave.
Aujourd’hui, j’ai besoin de prendre du recul.
MARFA n’a jamais été un simple café-restaurant. C’est un projet de vie, construit avec beaucoup d’énergie, de sacrifices et de convictions. Nous avons toujours voulu apporter quelque chose à ce village : de la vie, de la culture, des rencontres et de la convivialité.
Les événements de samedi dernier nous obligent à nous interroger sur la suite. Nous allons prendre le temps de réfléchir, sans agir sous le coup de l’émotion, avant de prendre une décision.
J’espère simplement qu’un jour, plus personne n’aura à entendre qu’il n’a pas sa place quelque part à cause de ses origines.
Merci à toutes celles et ceux qui nous soutiennent depuis le premier jour. Votre confiance, vos messages et votre présence nous donnent la force de continuer.
Abel Tanane