Le Bistrot fait sa broc (Lyon - Croix Rousse)

Le Bistrot fait sa broc (Lyon - Croix Rousse) Bistrot, Concerts et vernissages, 1 rue Dumenge, 69004 Lyon 04 72 07 93 47 En Juillet, l'association Souk Kitchen prend la cuisine tous les Jeudi et Vendredi!

Sur le pouce: assiettes de charcuteries et fromages, suchis du voisin, + en hiver soupes de Françoise et chili con carne de KRINE. Vernissages et concerts…

10/08/2026
09/08/2026
Et pendant ce temps là, ou comment nos va t en guerre profitent de la trêve estivale...
09/08/2026

Et pendant ce temps là, ou comment nos va t en guerre profitent de la trêve estivale...

VERS UN ÉTAT D'EXCEPTION POUR PRÉPARER LA GUERRE

Aucune réserve, aucune limite. Le Conseil Constitutionnel a validé le 6 août l'intégralité des mesures militaristes du gouvernement, en particulier la création d'un «état d’alerte de sécurité nationale», c'est-à-dire un état d'urgence sans aucune limite de temps et aux contours flous, pour préparer la guerre. Le Conseil Constitutionnel avait été saisi par les députés insoumis, écologistes et communistes, et n'a finalement rien censuré ni modifié.

Dans cette loi, le gouvernement débloque aussi 436 milliards d'euros pour l'armée dans les quatre prochaines années. Relisez ce chiffre, et mémorisez-le pour vous en souvenir quand les médias oseront encore nous dire qu'il faut se serrer la ceinture, ou qu'il n'y a pas de budget pour les retraites, les hôpitaux ou les écoles.

Il faut reconnaître que les macronistes ne chôment pas cet été. Vote du «permis de tuer» pour la police calqué sur le RN, vote du permis d'empoisonner en réintroduisant des pesticides interdits, mesures néolibérales, nomination d'un militant d'extrême droite au poste de défenseur des droits, instrumentalisation de l'antisémitisme, doublement des franchises médicales… La validation des mesures militaires en plein mois d'août est la cerise empoisonnée sur le gâteau au glyphosate.

«L'état d'alerte de sécurité nationale» est un état d’urgence militaire, imposé sans véritable débat, sans contre-discours, sans opposition dans la rue. Son promoteur, le député macroniste Yannick Chenevard, se vantait d’avoir créé «un espace entre l’état de guerre et l’état de paix», pour répondre à «l’hybridité des conflits».

Ce n’est pas suffisamment rappelé, mais en France, nous vivons déjà dans un régime d’exception depuis plus de 60 ans. Un régime vertical, autoritaire, destiné à une situation de guerre. La Constitution de la Cinquième République est imaginée en 1958 pendant la guerre d’Algérie, pour donner les pleins pouvoirs au Général de Gaulle afin de régler la «crise». Prévue pour être temporaire, cette République s’est figée, elle n’a jamais été remplacée, c’est une anomalie unique en Europe.

Notre Constitution comprend des possibilités sans équivalent chez nos voisins : l’article 49.3 qui permet de se passer du vote de l’Assemblée, l’article 16 qui autorise une dictature présidentielle légale, l’état d’urgence… Expliquez à un allemand, un anglais ou un espagnol que, chez nous, un président monarque gouverne depuis des années en étant minoritaire, en ignorant le résultat des élections et en utilisant systématiquement des mesures de passage en force pour décider seul, il tombera des nues.

Six décennies après l’instauration de la Cinquième République, c'est un manager sociopathe qui a perdu plusieurs élections et qui s’accroche au pouvoir comme un morpion à son poil. Et il n’y a aucun recours légal contre lui. Mais ce n’est pas encore suffisant puisque le gouvernement Macron voulait son «état d’alerte de sécurité nationale».

Ce texte prévoit un nouveau régime exceptionnel qui pourrait être déclenché «sur tout ou partie du territoire national, par décret en conseil des ministres en cas de menace grave et actuelle». Et ces dangers sont volontairement imprécis : une menace sur «la continuité des activités essentielles à la vie de la Nation et la protection de la population», une menace de nature à «justifier la mise en œuvre des engagements internationaux de l’État en matière de défense» ou encore une menace justifiant un déploiement des forces françaises ou alliées. En lisant entre les lignes, on voit très bien qu’au nom de la guerre et de «l’unité nationale», c’est un régime autoritaire qui s’installe, et que n’importe quelle contestation pourra être interdite au prétexte de maintenir les «activités essentielles à la vie de la Nation».

Fin mars, le premier ministre Sébastien Lecornu avait déjà expliqué qu’il souhaitait permettre le déploiement «à bref délai», «sur le territoire national», des forces armées, mais aussi élargir les possibilité de réquisitions, non seulement pour l’industrie de l’armement mais aussi pour «l’ensemble d’une chaîne logistique civile et sanitaire». Une économie de guerre, une population mise au pas.

Ce nouvel état d’exception pourra permettre de déroger au droit commun, par exemple d’accélérer des projets industriels en suspendant les normes environnementales et les règles d’urbanisme pour aller plus vite. La ministre des Armées parle de construire des hangars pour stocker des Rafales sans passer par les critères du droit commun sur la protection des espèces. Un productivisme de guerre à marche forcée. L’état d’alerte de sécurité nationale permet aussi des fouilles, restrictions d’accès, étend les enquêtes administratives et la surveillance algorithmique sur internet.

Le 16 mars, le Premier Ministre Lecornu prononçait devant les parlementaires un discours d’une rare violence, appelant à militariser la nation. Le point le plus important du discours était un passage où il détaillait la manière dont «le civil» doit se mobiliser autour du «militaire». Il expliquait que la solution «ne peut être uniquement budgétaire (…) : elle est aussi organisationnelle, juridique. (…) Elle est aussi politique, intellectuelle et culturelle». L’État doit donc «se préparer, se mettre à jour». En d’autres termes, c’est selon le gouvernement toute la société qui doit se mettre moralement en situation de se préparer à la guerre. L'état d'alerte de sécurité nationale vient légaliser et officialiser ces annonces.

Qui sont les individus qui viennent de valider cette infamie ? Le Conseil Constitutionnel est une institution chargée de veiller à ce que les décisions politiques soient conformes à la Constitution, et son sensés être des garde-fous. En France, il y a des spécialistes de ces sujets : des savants, des juristes, que l'on appelle des constitutionnalistes. Le Conseil Constitutionnel est-il composé de connaisseurs du droit, indépendants du gouvernement ? Absolument pas. Il comporte 9 politiciens à la retraite, nommés par le pouvoir et grassement payés. Macron vient de placer son ami Richard Ferrand à la tête de ce Conseil. Un politicien poursuivi en justice, macroniste de la première heure qui a juré fidélité au président.

Voilà où nous en sommes : les contre-pouvoirs sont anéantis et l'état d'urgence militaire est validé. Demain, la guerre ou le soulèvement.

09/08/2026

Où en est le cinéma français depuis la tribune Zapper Bolloré et les menaces de Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, de couper les financements de ses signataires ?
Les auteur.ice.s de cet article décortiquent les mécaniques et les logiques à l’œuvre tant du point de vue du groupe Canal + que de ceux qui seraient censés s’y opposer par exemple la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, des faisceaux et des ombres.

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Le cinéma français adore les résistant·es mort·es. Mort·es, on peut les célébrer sans risque. Iels ne signent plus de tribunes, ne contrarient aucun financeur, ne mettent le zbeul dans aucune assemblée générale, ni aucun festival. Leur courage est devenu patrimoine. Il ne coûte plus rien.

Mort, Pialat est devenu un grand auteur national : on célèbre aujourd’hui la frontalité que le milieu supportait si mal lorsqu’elle lui était adressée. Dès sa mort, ils ont réduit Godard à ses premiers films : Hazanavicius l’avait déjà empaillé dans Le Redoutable, Linklater est venu restaurer la vitrine avec Nouvelle Vague. À ce rythme, on aura bientôt davantage de films sur le tournage d’À bout de souffle que de spectateur·ices d’Ici et ailleurs.

Quand Kechiche mourra à son tour, ils réduiront La Graine et le Mulet à la danse, au couscous et au « vivre-ensemble », et prendront soin de laisser son film le plus fort, Vénus noire, dans l’angle mort : trop radical, trop cash, ça manque de vaseline (de nuance, pardon), un tel miroir tendu à la blanchité.

Macron a bien panthéonisé Manouchian.

Bien vivante, Adèle Haenel s’est levée, a nommé la violence, quitté la salle, puis le cinéma lui-même. Elle a refusé de continuer à servir d’alibi à une industrie déterminée à ne rien changer, déplacé son travail vers le spectacle vivant et ses engagements vers d’autres fronts, jusqu’à la Global Sumud Flotilla.

Haenel hors champ, Hanouna plein écran : leur politique culturelle tient en un montage.

Et après avoir raconté la ZAD sur Disney+, ils sortiront dans les UGC un biopic de l’assassinat policier d’Adama.

/// Né·es avant la honte ///

Ces derniers mois, deux films français ont observé comment une société entre en collaboration : par l’ambition, les intérêts, l’obéissance, les carrières et les bureaux bien davantage que par une conversion collective au mal.

Fort et gras de ses quelques 30 millions d’euros de budget, Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli déploie une grosse machine historique, démonstrative, travaillée par la fascination romanesque qu’exercent ses personnages. Le film glisse ainsi vers une forme d’héroïsation du binôme qu’il entend mettre à nu. Il saisit pourtant avec une réelle acuité la trajectoire de Jean Luchaire, ce pacifiste social-démocrate que l’ambition, les réseaux et le goût du fric et du pouvoir poussent au cœur de la mafia collaborationniste. Là réside tout son intérêt : un miroir tendu à ce milieu qui croit encore pouvoir fréquenter les puissants sans finir par leur appartenir. L’analyse des intérêts et des mécanismes sociaux organisant cette dérive demeure inaboutie, mais le film percute notre présent, du RN à CNews et Canal+, jusqu’à celles et ceux qui prétendent sauver la vitrine sans regarder l’édifice. Jean Dujardin est excellent (je sais, ça fait bizarre mais c’est factuel), et le film se piège dans cette performance : son charisme donne au collabo une ampleur que la mise en scène ne maîtrise pas. Nastya Golubeva, elle, rappelle l’incandescence trouble de Naomi Watts dans Mulholland Drive.

Avec environ 5 millions d’euros, Notre Salut d’Emmanuel Marre emprunte une tout autre voie. La collaboration n’y apparaît pas figée par le jugement de l’Histoire. Le film nous saisit dans le présent même de sa fabrication. Aucun destin écrit, aucun traître désigné à l’avance. Un homme (l’arrière-grand-père du cinéaste, incarné par Swann Arlaud, l’un des rares acteurs français à s’être engagé publiquement contre Bolloré) cherche sa place, veut réussir, se rend utile, fait carrière, administre. À chaque étape, une autre décision reste possible. Il choisit toujours celle qui lui permet de continuer.

Le monstre prend ici la forme banale d’une carrière. Le sale s’installe par décisions successives, glissements bureaucratiques et traductions administratives. Il entre dans les bureaux par la langue du management, de l’efficacité et de la responsabilité, jusqu’à devenir l’organisation ordinaire de la saloperie. Arlaud joue la médiocrité sans la sauver, la lâcheté sans l’expliquer, l’obéissance sans lui fournir d’excuse. Et c’est passionnément juste.

Dujardin donne au collabo l’éclat du personnage tragique ; Arlaud montre combien un homme terne, ambitieux et disponible peut suffire.

Quelques semaines plus t**d, le petit monde du cinéma français en rejouait les gestes en direct. La menace devenait un « petit temps de latence », le chantage une « négociation », la capitulation un « accord historique », la mise au pas un appel à « rester uni·es ».

Le cinéma mainstream ne raconte plus la collaboration pour nous apprendre à la reconnaître. Il en recycle déjà la langue : complexité, responsabilité, apaisement, intérêt supérieur.

/// La menace est la liste ///

Après la publication de la tribune Zapper Bolloré, Maxime Saada a annoncé que Canal+ ne financerait plus les films de celles et ceux qui auraient porté « préjudice à l’image » du groupe.

Il a refusé le terme de « liste noire ». Le 28 juillet, il répétait pourtant à l’AFP :

« Je reste sur ma position, qui est que, si des gens portent préjudice à l’image de Canal+, on ne financera pas leur film. »

« Nulle liste noire », donc. Seulement des noms auxquels l’argent cessera d’arriver.

La menace est la liste.

Plus besoin de fichier ni de consigne écrite. Les producteur·ices font le tri avant le rendez-vous. Les agent·es recommandent la prudence. Chaque cinéaste apprend à convertir une signature, un post ou une phrase en risque financier pour son prochain opus. Le pouvoir peut même se dispenser de censurer directement : celles et ceux qui espèrent encore être financé·es accomplissent le travail à sa place.

La veille, Canal+ et les principales organisations professionnelles avaient signé un accord portant sur 980 millions d’euros d’investissements entre 2028 et 2032. La menace était connue. Son retrait n’a jamais conditionné la signature.

Cinq ans de visibilité pour l’argent. RN ou pas, la profession a sauvé son cul : sa seule priorité. Cinq ans d’incertitude pour celles et ceux qui ouvrent leur gu**le.

L’accord a fixé le prix du silence. Les flux sont sécurisés. La peur sera collectivisée.

/// Canal+ ne fait pas l’aumône ///

Sous couvert d’aide au cinéma, Canal+ achète des droits, des exclusivités, des catalogues, des abonné·es et une position toujours plus forte dans l’ensemble de la chaîne : production avec STUDIOCANAL, distribution, diffusion, plateforme. Le groupe détient également 34 % d’UGC et dispose d’une voie vers sa prise de contrôle à partir de 2028.

Les 980 millions annoncés sur cinq ans représentent 196 millions par an. Canal+ affiche environ 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. L’investissement équivaut à moins de 3 % de ce chiffre.

Voilà le « sacrifice historique » devant lequel une profession entière devrait se mettre à genoux.

Dans l’une des principales économies du monde, on nous explique qu’aucun cinéma ne pourrait exister hors de la dépendance à un groupe privé. Renforcer les financements publics, européens et régionaux, inventer des dispositifs mutualisés ou coopératifs : tout cela relèverait de l’irréalisme. Seule mériterait le nom de réalité celle que les puissants ont construite à leur avantage. Cette dépendance résulte d’un choix politique et d’un effondrement de l’imagination. Ils livrent les cinéastes à un marché déjà capturé, puis baptisent ce rapt « sauvetage du cinéma ».

Le communiqué promet aussi la « diversité ». Ce mot ne garantit ni davantage de documentaires, ni davantage de films féministes, q***r, crip, noirs, arabes ou issus des classes populaires. Dans ces accords, la diversité fonctionne d’abord comme une catégorie économique, un segment de production, un terme suffisamment vague pour ne déranger aucun ordre établi.

Et tout cela est accompli au nom des fameux « films du milieu ».

Le milieu : ni les grosses machines capables de survivre seules, ni les œuvres les plus fragiles, mais le centre institutionnel de la production française : celui qui siège aux tables de négociation et transforme sa propre survie en intérêt général du cinéma.

/// La blanchisserie culturelle ///

On nous rejoue le vieux numéro du bon et du mauvais Bolloré. Il faudrait distinguer les « bonnes équipes cinéma » de Canal+ de la machine idéologique CNews, comme on nous demande depuis des années de séparer l’homme de l’artiste, l’industriel du militant, la main qui paie de la bouche qui ordonne.

Maxime Saada préside pourtant le directoire du groupe Canal+, auquel appartient CNews.

Séparer Canal+ de CNews revient à séparer la main qui signe les chèques de celle qui tient le mégaphone. Elles appartiennent au même corps. CNews mène l’offensive politique à visage découvert. Canal+ conserve la façade culturelle : les films, les artistes, le sport, les tapis rouges, les discours sur la création et la « diversité ». L’un vocifère. L’autre remet les prix. L’un banalise un imaginaire identitaire, catholique réactionnaire et suprémaciste blanc. L’autre maintient l’empire dans le cercle de la respectabilité culturelle.

Les deux fonctions se complètent. Chacune rend l’autre possible. Canal+ est la blanchisserie culturelle de l’empire Bolloré : l’argent du cinéma y nettoie la politique de CNews.

/// De Mai 68 à la médiation ///

La Société des réalisatrices et réalisateurs de films est née en juin 1968 pour défendre la liberté des cinéastes contre les pouvoirs économiques et les concentrations. Elle a créé la Quinzaine des cinéastes comme espace de rupture et de contre-pouvoir.

Face à la menace de Canal+, la SRF a proposé une « médiation » destinée à « rétablir la confiance ». Une organisation née d’une rupture en est donc venue à proposer une médiation.

Entre qui et qui ? Entre le groupe qui peut financer ou écarter un projet et les cinéastes qui dépendent de ses décisions ? Entre celui qui tient le chéquier et celle qui risque de perdre son film ? Entre la bouche et le bâillon ?

La médiation fabrique une symétrie imaginaire entre la menace et la personne menacée. Elle transforme une intimidation en malentendu, puis fait des cinéastes visé·es les parties coresponsables d’une crise qu’il faudrait « apaiser ».

Voilà la vieille langue sociale-démocrate : responsabilité, dialogue, concertation.

Elle présente le conflit comme plus dangereux que le pouvoir qui le produit. Sous prétexte de désarmer les deux camps, elle désarme toujours le même.

/// Le scrutin comme piège ///

Le 20 juin, l’assemblée générale de la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF) devait décider si l’association signerait Zapper Bolloré.
Trois jours avant l’AG, un membre du bureau adressait cette prophétie dans un gros mailing :
« Si cette motion passe, 500 films ne se feront pas. »

Cinq cents films.

Le chiffre rond qui écrase toute discussion. Signez contre Bolloré et vous aurez personnellement envoyé cinq cents films à la morgue. Chaque bulletin arrivait déjà lesté de la culpabilité d’avoir détruit le cinéma français.

Mais de quels films parlait-il ?

Des films sans argent se tournent par centaines. Des cinéastes y travaillent gratuitement, des équipes avancent les frais, des producteur·ices s’endettent. Beaucoup restent ensuite sur le bord de la route, faute de distributeur, de salles ou de séances. Personne ne convoque une assemblée générale pour annoncer leur disparition. Personne ne comptabilise les œuvres étouffées par la concentration de la distribution et de l’exploitation. Personne ne pleure les films terminés que presque personne ne pourra voir.

Ceux-là n’entrent pas dans les « 500 films ».

Dans la bouche des représentant·es du milieu, « le cinéma » désigne la fraction déjà reconnue par la machine : celle qui entre dans les tableaux de financement, circule entre les mêmes guichets et dépend de Canal+. Les autres peuvent crever en silence. Leur disparition ne menace aucun accord. La formule protégeait un circuit, ses positions, ses habitudes et ses dépendances. Canal+ devenait la condition d’existence du cinéma lui-même. Contester son pouvoir revenait à assassiner les films. Le chantage du financeur avait trouvé un cinéaste pour porte-voix.

La faute change alors de camp. Le puissant menace ; les menacé·es auraient eu le tort de le contrarier. La colère du financeur leur est imputée, ainsi que tout ce que les négociateur·ices n’auraient pas obtenu.

/// Il n’y a plus de ligne rouge, ni jaune, ni verte ///

Il faudrait cesser de découvrir chaque semaine qu’une nouvelle « ligne rouge » vient d’être franchie. Les lignes sont derrière nous.

Il y a dix jours, les services de Sébastien Lecornu ont réuni les principales banques françaises afin de chercher les moyens de faciliter l’accès de Marine Le Pen à un prêt de campagne, malgré les condamnations successives du RN et de plusieurs de ses cadres. Condamnée en appel à un an de prison ferme sous bracelet électronique pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen a pourtant été rendue éligible : la cour a considéré sa peine d’inéligibilité ferme comme déjà purgée, en invoquant notamment « la liberté de choix de l’électeur ».

Un bracelet électronique ne suffit donc pas à vous barrer la route de l’Élysée ; une empreinte digitale, en revanche, suffit à vous expulser. Le danger a quitté le futur. Il s’organise au présent.

À la préfecture de Paris, des personnes exilées dites “dublinées” (dont les empreintes digitales, de gré mais surtout de force, ont été relevées dans un autre pays de l’UE et sont inventoriés dans le fichier Eurodac) se présentent chaque mois au 8e bureau, où des pièges leurs sont tendus pour les expulser dans des Beechcraft qui décollent quotidiennement du Bourget. Sous l’Occupation, cet exact même bureau (source l’avocate Mylène Stambouli) abritait un service chargé du contrôle, du fichage et de l’arrestation des Juif·ves.

Comparer n’est pas confondre. La continuité administrative suffit à interdire toute innocence sur ce que produisent les bureaux, les catégories et l’obéissance. Les bureaux ont une histoire. Les catégories ont des effets. L’obéissance produit des victimes bien avant que celles et ceux qui obéissent acceptent de se reconnaître comme responsables. Le fascisme avance longtemps avant que les gens raisonnables consentent à prononcer son nom.

Pendant ce temps, ils discutent du bon vocabulaire, du bon ton, du bon moment et de la nécessité de préserver le dialogue.

/// Pas de zone grise non plus ///

Le modèle français du cinéma est né d’une conviction simple : soustraire les œuvres aux seules forces du marché. L’organisation actuelle de la dépendance des artistes envers quelques groupes privés trahit cette promesse. Les cinéastes ne doivent aux financeurs ni silence, ni loyauté, ni gratitude.

Une seule phrase aurait dû ouvrir toute négociation avec Maxime Saada : Aucun film ne peut être refusé, ret**dé ou défavorisé en raison des opinions publiques de celles et ceux qui le portent.

Cette garantie devait précéder toute signature. Pas une médiation. Pas une cellule de veille chargée de compter les premières victimes. Pas un petit temps de latence.

Le cinéma mainstream adore les résistant·es mort·es. Mort·es, on peut capter leur héritage sans subir leur colère. Il est temps de rendre la Résistance aux vivant·es. La liberté de créer ne se négocie pas contre le silence, ne se conditionne pas à la bonne conduite et ne se défend pas en tenant le registre des puni·es. Elle se garantit avant toute signature, ou elle est abandonnée. Attendre les premières représailles pour les comptabiliser, c’est avoir déjà reconnu au financeur le droit de punir. C’est déjà choisir son camp.

Ni vu.e.s ni vendu.e.s

08/08/2026

Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, la CEDH est saisie pour contester l'usage du délit d’« apologie du terrorisme ». Dans un communiqué publié aujourd’hui, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et la Legal Team Antiraciste (LTA) annoncent avoir déposé une requête auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour contester l’usage du délit d’« apologie du terrorisme » contre des expressions de solidarité avec la Palestine.

Depuis le 7 octobre 2023, plusieurs personnes ont été poursuivies en France pour des propos relatifs à la Palestine. Mohamed Makni, ancien adjoint au maire d’Échirolles, est le premier d’entre eux à porter son affaire devant la CEDH. Il avait été condamné en France pour « apologie du terrorisme » pour avoir relayé les propos d’un ancien ministre tunisien sur les événements du 7 octobre.

Créé en 2014 par la loi Cazeneuve, le délit d’« apologie du terrorisme » ne relève plus du droit de la presse mais du Code pénal. Cela signifie que des propos considérés comme faisant l'« apologie du terrorisme » sont désormais poursuivis comme une infraction liée au terrorisme, avec un régime judiciaire plus sévère.

Depuis le 7 octobre 2023, le délit d’« apologie du terrorisme » a été utilisé dans de nombreuses procédures visant des citoyens, militants, élus, journalistes ou universitaires pour des propos liés à la Palestine. Entre le 7 octobre 2023 et le 30 janvier 2024, 626 procédures pour « apologie du terrorisme » ont ainsi été recensées par le ministère de la Justice, notamment en lien avec des déclarations ou publications sur la situation en Palestine et les attaques du Hamas.

À travers cette requête, Mohamed Makni et ses soutiens contestent une condamnation qu’ils estiment porter atteinte à sa liberté d’expression, protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Par Sara Trabi

08/08/2026

Exclus depuis un an d’un programme d’accueil de scientifiques et d’artistes, les Palestiniens pourraient bientôt être réintégrés. La dessinatrice Safaa Odah attend son évacuation de Gaza.

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