21/05/2024
Malgré la fatigue, un petit message, lorsque tout est encore frais.
Ce weekend nous avons fait le FIMU, le Festival International de Musique Universitaire, édition 2024!
Souvent on nous pose la question pourquoi on ne fait pas les Eurockéennes et d’autres gros événements comme cela.
La réponse est très simple : on ne pourrait pas. Un tel évènement avec si peu de sommeil, survivant avec des énergie drinks et l’adrénaline n’est pas réalisable régulièrement. Quand on est « dedans », on ne sent plus rien au point de ne même plus sentir les douleurs.
Donc on doit sélectionner et pour nous c’est le FIMU.
Nous aimons le FIMU car c’est dans un cadre familial. Merci à l’équipe du FIMU qui nous a sélectionné. Et surtout Pauline Burel!
Parfois on me dit « Moi je ne voulais pas faire que des frites. Je ne pourrais et je ne voulais pas faire ça. » d'autres fois « moi aussi, c'est CA que je veux faire ! » comme si c’était tout simplement poser son camion, servir une portion de frites et encaisser le client.
Cette partie qui est pourtant la plus ‘fun’ n'est que la partie immergée de l'iceberg du travail à fournir. Il y a aussi tellement d’autres choses à prendre en compte : la préparation, le nettoyage, la logistique, les commandes chez nos fournisseurs, les rendez-vous avec les organisateurs, envoyer des mails, sms, appeler, faire les devis (souvent pour rien), les factures, les rendez-vous et frais aux garages pour les contrôles et les réparations. Mais aussi notre maison qui doit être adaptée à chaque fois, à se re-organiser. Le bazar qui vient avec alors qu'on a nos enfants et surtout notre chat Lumo, qui demande beaucoup de notre attention, lol, qui emmène des souris vivantes, ces souris qui mangent nos serviettes de la Petite Patate, donc encore on doit re déplacer nos emballages...
Et les (gros) investissements pour rendre notre travail le plus confortable possible car on vieillit et on sent qu’on n’a plus la même énergie de nos belles années.
On essaye de ménager le dos, on est plus vite fatigué. Cela semble dramatique, et bien sûr ce n’est pas le cas, mais il faut quand même être vigilant à la santé pour rester en forme et continuer de faire ce travail avec plaisir. Si c’était uniquement et purement pour l’aspect financier, on aurait arrêté déjà il y a longtemps. Pour moi, l'argent facile n'existe pas.
Il faut rester zen car le travail est instable ; on ne sait jamais ce que la météo va donner, mais aussi si on sera contacté de nouveau pour un événement.
Quand on n’est pas demandé une deuxième fois, on se demande ce qu’on a mal fait et bien sûr on pose toujours la question. Parfois les organisateurs veulent juste un autre foodtruck pour changer et ensuite ils nous recontactent et on est soulagé. Mais parfois on n’a aucun retour et nous nous demandons s’ils n’étaient pas contents.
Gérer les retours négatifs, soit par les organisateurs, soit par les clients, c’est le plus déplaisant. Mais il faut savoir accepter et assumer ces échecs. Alors on préfère largement avoir une perte sèche sur une prestation, mais que les gens présents étaient satisfaits de nous.
Nous n’avons pas beaucoup de retours négatifs mais on sait bien que tout le monde n'ose pas dire ce qu'il pense quand c'est négatif. On ne se sait pas ce que les autres peuvent penser et dire dans nos dos. Donc ceux qui osent à nous le dire on le prend comme un cadeau car ils nous donnent une chance pour nous améliorer.
Nous essayons de servir les meilleures frites possibles et nous donnons toujours tout pour cela comme ce weekend au FIMU. En plus avec des pommes de terre quasiment bio, car elles sont très peu traitées pour qu’on puisse les couper avec la peau. C'est un travail énorme car elles s'abîment et germent plus vite que les pommes de terre dans les grandes surfaces. Mais nous trouvons les pommes de terre de notre fournisseur bien meilleures en goût et donc on se doit de faire ce travail.
Chaque pomme de terre est glissée entre nos mains pour être épluchée des mauvaises taches et coupée manuellement ensuite.
Au FIMU devant des dizaines des clients qui font patiemment la queue, nous avons parfois eu l’impression qu’on était des véritables rock stars. Les gens nous regardent travailler. Nous sommes tellement dedans et notre weekend tourne autour de nous, notre foodtruck, les frites et les hot-dogs. On se prépare au mieux mais on a toujours la crainte d'un loupé, un oubli, un incident technique, sans oublier l’Urssaf, la sécurité et le service d’hygiène qui passent à l’improviste. Tout notre weekend on ne voit que les pommes de terre, les pains, les knacks.
Mais les clients veulent tout simplement être servis rapidement et que ce soit bon et ils nous oublient aussitôt après avoir mangés alors nous sommes toujours en train de nous en remettre en question.
Et une fois sortie de ma cabane à frite, je réalise qu’on est « juste » un foodtruck parmi des dizaines d’autres.
Quand on voit la grandeur du site dans tout le centre-ville de Belfort, la musique partout, des milliers personnes : des visiteurs, des musiciens, la sécurité, les policiers, les employés et les bénévoles, les lumières, la fumée, les scènes et concerts, on se rend compte qu’on représente seulement 1% de tout ce spectacle alors qu’on est dedans à 100% et on croit être l'attraction principale du FIMU.
Donc petit retour à la réalité pendant des petites pauses toilettes ou repas, haha.
On n’est pas aussi indispensable qu’on peut croire. Et le niveau des autres foodtrucks est pour la plupart très élevé. Ils nous poussent à donner toujours le meilleur.
Il y a quelques temps, on a dit vouloir mettre plus de messages sur notre page alors que ce n’est pas le cas. D’où ce long message : C’est pour vous dire que notre volonté de bien faire et notre enthousiasme sont toujours là !
On a même fait des sacrifices comme céder à certaines de nos passions car manque de temps (RIP mon violoncelle...).
Certains clients nous ont remerciés pour le travail qu’on fait. Ils ont vu qu’on travaille avec cœur et que ce n’est pas seulement un gagne-pain. On se donne du mal alors que le rendement pourrait être meilleur avec des frites toutes faites et surgelées. Cette reconnaissance est inestimable.
Tous ces compliments nous ont touchés et c’est rentré droit dans nos cœurs.
Il y avait même des moments où on était tellement émus, j'avais envie de pleurer de joie et de soulagement (mais je ne l'ai pas fait!) , surtout à la fin, quand tout s’est bien passé, pas de casse, des bouteilles de gaz vide, pas de gros bobos et de finir aux urgences (cela m'est arrivé deux fois...), pas de jambes cassées^^ (petit rappel: notre fils à l'édition Fimu 2022), pas de problèmes en particulier. C’est toujours un immense soulagement quand on peut dire que dans l’ensemble, tout s’est bien passé.
Mais surtout pour des clients contents, qui ont fait la queue parfois plusieurs fois, cela compense largement toutes les difficultés et ça nous donne une énergie incroyable.
La Petite Patate nous dépasse. Ce n’est plus moi Petra avec la petite roulotte. C’est devenu une entité, moi-même n’a plus d’importance. Ceux qui travaillent avec nous travaillent même mieux que moi car souvent je suis maladroite et je n’arrive pas à faire de calcul rapidement ce qui est bien énervant pour nous tous.
C’est devenu une petite entreprise familiale et c'est pour moi ma plus grande fierté.
Merci à Alexandre, mon beau-fils, qui a libéré son temps pour nous ce weekend. Il a pris des congés et il est venu d’Avignon comme chaque année pour bo**er avec nous. Il nous connaît, nos sautes d’humeur ; car on n’est pas facile. On se prend souvent la tête, même devant les clients parfois (je suis désolée, vraiment, ce n'est pas professionnel du tout. On a un caractère forte). Merci à lui pour son temps, sa bonne humeur, son professionnalisme et sa maturité. Ainsi que ma fille Mila, elle est venue aussi exprès de Paris où elle fait ses études à la Sorbonne alors qu’elle travaille à côté dans un restaurant Libanais. Petite anecdote : Grâce à son expérience avec la Petite Patate elle était prise pour ce travail. On lui a demandé si elle saurait gérer « les rushs ».. Euh, servir pendant 12 heures d’affilée comme au fimu ça compte ?? Je viens de la déposer à la gare pour son retour. Snif sniff. Elle va me manquer comme d'habitude.
Et mon mari Nico qui est devenu le gérant. Moi je le suis toujours officiellement, sur papier. J’ai eu l’idée peut-être, mais les bonnes idées ne valent rien sans être concrétisées et d’y aller jusqu’au bout. Et lui, il sait gérer les affaires. Sans lui, cette aventure ne pourrait même pas continuer (ndc: