18/08/2026
PARLONS ECOLOGIE
Quand on parle de « technique étrangère », je pense qu’il faut d’abord se demander ce que signifie réellement « étranger ». C’est quelque chose qui nous est extérieur, que nous ne connaissons pas encore ou auquel nous ne sommes pas habitués. Et, finalement, l’une des premières choses à observer se trouve peut-être tout simplement autour de nous : la nature.
Dans le Midi, par exemple, face aux épisodes de sécheresse, on observe que de nombreuses plantes réapparaissent spontanément. De petites pousses de micocouliers, issues de graines restées en dormance, apparaissent un peu partout. Il en va de même pour certaines espèces d’acacias. La nature possède donc ses propres mécanismes de survie, et notamment celui de la dormance des graines.
Si ces mécanismes ont été sélectionnés au cours de millions d’années d’évolution, c’est évidemment qu’ils ont une fonction et qu’ils permettent aux espèces de résister aux conditions difficiles. Il serait donc intéressant de mieux comprendre ces phénomènes et de s’en inspirer.
Je conseille notamment de regarder l’Encyclopédie des plantes bioindicatrices de mon ami Gérard Ducerf, qui permet d’apprendre énormément de choses sur les plantes, les sols et notamment les phénomènes de dormance. Certaines graines sont capables de rester en sommeil pendant des périodes extrêmement longues. On connaît par exemple des graines retrouvées dans le pergélisol datant de plusieurs dizaines de milliers d’années, ainsi que des graines anciennes découvertes dans des sites archéologiques et ayant retrouvé leur capacité à germer. Les exemples sont nombreux.
Lorsqu’une graine se met à pousser, c’est aussi parce que les conditions lui deviennent favorables. Et, bien souvent, les plantes jouent elles-mêmes un rôle dans la transformation et la protection des sols.
Il existe d’ailleurs des savoir-faire ancestraux qui reposent sur cette compréhension des écosystèmes. En Amérique du Sud, par exemple, les fameuses terres noires, ou terra preta, ont été enrichies pendant des siècles grâce à des mélanges de cendres, de déjections, de poissons et de déchets organiques. Ces pratiques ont permis de créer des sols extrêmement fertiles, dont les propriétés perdurent encore plusieurs milliers d’années plus t**d.
Il faudrait donc peut-être davantage regarder ce qui se fait ailleurs dans le monde, mais aussi écouter ceux qui connaissent réellement les écosystèmes. J’ai par exemple échangé avec Ernst Zürcher, en Suisse, qui connaît particulièrement bien les forêts et leur fonctionnement. Ce sont des personnes dont l’expérience et les connaissances pourraient nous aider à mieux réfléchir à ce qu’il faut faire.
On peut également regarder l’exemple de l’Allemagne. Après la guerre, le pays avait subi une importante disparition de ses forêts et des campagnes de reboisement ont été menées à grande échelle, mené par l'ensemble de la population. Aujourd’hui, les forêts allemandes, comme celles de Suisse, sont largement accessibles au public. Cela montre qu’il est possible de concilier gestion des espaces naturels, accès de la population et protection des écosystèmes.
Il faut aussi être particulièrement vigilant face au greenwashing. L’écologie ne peut pas se résumer à des discours ou à des opérations de communication. Elle doit s’appuyer sur l’observation, la science, l’expérience de terrain et la connaissance des écosystèmes.
Quand on fait de la botanique, finalement, on fait aussi de l’histoire et de la politique. Prenons l’exemple de l’aqueduc de Barbegal : en observant les plantes présentes sur un site, on peut retrouver les traces des activités humaines anciennes. Certaines espèces ont été consommées ou déplacées par les populations. D’autres ont été transportées par les oiseaux, le vent ou les hommes. L’armoise, par exemple, témoigne elle aussi de déplacements et d’échanges anciens. La végétation raconte donc une partie de notre histoire.
Le problème, aujourd’hui, est peut-être que nous n’écoutons plus suffisamment les scientifiques, les spécialistes de terrain et les savoirs anciens. Nous avons pourtant beaucoup à apprendre de ceux qui observent les milieux naturels depuis des décennies.
Cela ne signifie pas qu’il faille avoir une vision idéologique ou dogmatique de l’écologie. Il faut aussi savoir gérer les situations concrètes. Prenons l’exemple du renard : je suis écologiste depuis mon enfance, mais si un renard devient agressif et commence à mordre des enfants, il faut évidemment intervenir. Il ne faut pas laisser se développer une situation dans laquelle des générations successives d’animaux finiraient par perdre leur méfiance naturelle envers l’homme et devenir dangereuses. Des situations similaires ont d’ailleurs été observées dans certaines grandes villes, notamment à Londres ou des renards sont entrés dans des habitations par les chatières et ont agressé des nourrissons au visage.
L’écologie doit donc retrouver un équilibre entre protection de la nature, connaissance scientifique et gestion pragmatique des risques.
Des personnes comme Francis Hallé ont beaucoup réfléchi à ces questions. La création d’une véritable forêt primaire est un projet qui se pense sur des siècles, voire sur un millénaire. Une forêt primaire ne se recrée pas en quelques années. Mais nous savons déjà beaucoup de choses sur les processus naturels qui permettent de reconstruire des écosystèmes forestiers. Francis nous a quitté mais il a laisser assez d'informations pour protéger la foret et comment planter des arbres durablement
Dans les zones qui ont récemment brûlé, il faut donc agir avec intelligence et prudence. Avant de replanter n’importe quoi, il faut observer le terrain, comprendre le sol, identifier les espèces adaptées et notamment préserver les herbes et les plantes qui jouent un rôle essentiel dans la rétention des sols et la lutte contre l’érosion.
Des spécialistes comme Gérard Ducerf peuvent justement nous aider à déterminer quelles espèces conserver, quelles graines utiliser et comment accompagner la régénération naturelle.
Finalement, nous avons peut-être moins besoin de nouvelles recettes que d’une meilleure capacité à observer ce que la nature sait déjà faire. Il faut regarder ce qui se passe ailleurs, écouter les scientifiques et les anciens, comprendre les mécanismes naturels et agir avec le temps long comme référence.
C’est peut-être cela, finalement, la véritable « technique étrangère » : accepter de regarder autrement ce que nous pensions déjà connaître.
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