17/09/2026
L’ÉPOPÉE DE LA FOIRE EUROPÉENNE
Épisode final — Et après ?
Vous vous souvenez ?
15 janvier 2026, 14 h 48.
Je reçois un mail.
Quelques échanges plus t**d, à 16 h 06, je réponds :
« Go pour la jolie aventure ! »
Huit mois plus t**d, après des semaines de préparation, quelques centaines de chocolats, cinq petites maisons fabriquées pour mon stand, des kilomètres, un parking oublié, un emplacement déjà occupé, un dossier égaré, un rayon de soleil beaucoup trop intéressé par mon frigo, quelques dômes décédés prématurément, une petite maison disparue dans la nature et des dégustations ayant parfois réveillé l’instinct de survie de certains visiteurs…
Nous voilà dimanche.
Dernier jour.
Et forcément, il reste ce petit espoir.
Parce que samedi devait déjà être LA journée.
Vous savez, celle qui allait remettre les compteurs à l’endroit.
Bon.
Disons que les compteurs n’ont pas manifesté une volonté débordante de coopération.
Alors il reste dimanche.
Le dernier jour.
Celui où l’on se dit encore :
« Allez… aujourd’hui, ça va bouger. »
Et ça bouge.
Des visiteurs passent.
Certains découvrent mon travail.
On discute chocolat, fabrication, recettes, artisanat.
On me demande encore :
— Vous avez un magasin ?
Et je peux ressortir ma réponse préférée :
— Oui. Sur quatre roues.
Parce que non, je n’ai toujours pas découvert entre jeudi et dimanche une vocation soudaine pour le loyer commercial, les charges fixes et quatre murs ouverts six jours sur sept. 😉
Il y a aussi les gagnants du concours.
Et là, simplement : merci.
Merci à celles et ceux qui ont eu la possibilité de venir récupérer leur lot, qui ont cherché mon stand au milieu de cette immense Foire et qui ont pris le temps de venir me dire bonjour.
Mettre enfin un visage sur certains noms aperçus derrière un écran, discuter quelques minutes, vous faire découvrir mon travail…
C’était aussi pour ça que j’avais organisé ce concours.
Et puis, évidemment, une Foire ne serait pas tout à fait une Foire sans quelques scènes improbables.
Comme ces personnes venues sur mon stand pour essayer de me vendre des prestations de site internet et de référencement.
Elles n’exposaient pas.
Moi, oui.
J’avais payé pour être là.
Et visiblement, mon stand faisait également office de fichier de prospection en trois dimensions.
J’avoue : celle-là, je ne l’avais pas anticipée. 😂
Puis arrive le soir.
Cette fois, c’est vraiment terminé.
On remballe.
Les jolies maisons quittent Strasbourg.
Les chocolats repartent dans leurs caisses.
Le matériel aussi.
Et moi avec.
Et vient le moment beaucoup moins Instagrammable de l’aventure :
faire les comptes.
Parce qu’un artisan peut être passionné.
Il peut adorer son métier.
Il peut être heureux d’avoir rencontré des gens formidables.
Mais à la fin, il reste une entreprise.
Et une entreprise doit regarder ses chiffres.
Alors je les ai regardés.
Puis probablement regardés une deuxième fois, au cas où ils auraient décidé de changer pendant ce temps-là.
Ils n’ont pas changé.
Bilan de la jolie aventure :
environ –600 €.
Pas 600 € de chiffre d’affaires en moins par rapport à un objectif imaginaire.
600 € de perte sur l’ensemble de l’opération.
Alors non.
Je ne vais pas transformer ça en :
« Mais quelle formidable réussite ! »
Ce serait faux.
Commercialement, cette Foire n’a pas été rentable pour moi.
Et je pense qu’on peut aimer profondément son métier tout en ayant le droit de dire qu’une opération commerciale n’a pas fonctionné.
Mais…
L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Sauf qu’elle ne s’est pas arrêtée dimanche soir.
⸻
Et après ?
Dans les jours qui ont suivi, mon téléphone a continué à raconter la Foire.
Il y a eu des contacts professionnels.
Des personnes rencontrées là-bas.
Des échanges qui ont continué.
Une vidéo publiée par une influenceuse qui avait découvert mon travail.
Et puis des messages.
Des messages que je n’avais évidemment pas commandés et qui, eux, n’entraient dans aucun prévisionnel.
Une gagnante de mon concours m’a écrit après avoir utilisé son bon d’achat.
Grâce à lui, elle avait découvert ma pâte à tartiner.
Elle me racontait qu’ils l’avaient dégustée avec « beaucoup d’enthousiasme », qu’elle l’avait trouvée excellente et qu’elle la recommandait désormais volontiers.
Et puis il y a eu Nicole.
Nicole ne me connaissait pas.
Elle est passée à la Foire Européenne.
Elle a découvert mon stand et s’est intéressée à ma gamme de chocolat à 85 %.
Elle a acheté.
Elle a goûté.
Et le lendemain matin, elle m’a écrit.
Elle me racontait être devenue « dingue de ce chocolat » et parlait d’« une vraie douceur », d’un « vrai moment de pur plaisir ».
Vous imaginez bien que ce genre de message, pour une chocolatière qui vient de passer cinq jours à se demander régulièrement ce qu’elle fichait là…
Ça fait quelque chose. ❤️
Et c’est probablement là que se trouve mon vrai bilan.
Pas dans une tentative de faire disparaître les –600 € sous une montagne de bons sentiments.
Ils existent.
Je les ai perdus.
Je ne vais pas vous raconter qu’un joli message les rembourse.
Mais une caisse enregistreuse ne mesure pas tout non plus.
Elle ne compte pas la personne qui découvre votre travail pour la première fois.
Elle ne compte pas celle qui revient vous écrire le lendemain.
Elle ne compte pas les contacts créés.
Elle ne compte pas la visibilité qui continuera peut-être à produire quelque chose… ou peut-être pas.
Et je préfère être honnête là-dessus aussi :
je n’en sais rien encore.
Peut-être que certains contacts déboucheront sur de belles choses.
Peut-être que d’autres resteront simplement de sympathiques rencontres.
L’avenir fera ses comptes tout seul.
⸻
Alors…
« Go pour la jolie aventure ! »
C’est ce que j’avais écrit le 15 janvier.
Est-ce que c’était une jolie aventure ?
Oui.
Est-ce que c’était celle que j’avais imaginée ?
Absolument pas. 😂
Est-ce que je referais exactement la même chose, exactement de la même manière ?
Certainement pas.
Parce qu’il y a aussi des choses à retenir.
L’emplacement.
La visibilité réelle du pôle Made in Elsass au milieu de la nef.
Le parking.
L’organisation.
Le rapport entre le coût d’une présence de cinq jours et ce qu’elle peut réellement rapporter à une toute petite entreprise artisanale.
Tout ça mérite un vrai débrief.
Pas pour râler.
Pour apprendre.
Parce que –600 €, lorsqu’on les regarde uniquement comme une perte, ça pique.
Alors autant qu’ils servent au moins à acheter quelque chose :
de l’expérience.
Et au milieu de tout ça, il reste une chose que cette Foire m’a confirmée.
Quand quelqu’un s’arrête réellement.
Quand il écoute.
Quand il goûte.
Quand il comprend ce que je fabrique et pourquoi je le fabrique comme ça…
Il se passe quelque chose.
Et ça, finalement, c’est peut-être la partie de cette aventure que j’avais imaginée dès le départ.
Alors merci.
À ceux qui sont venus.
À ceux qui ont acheté.
À ceux qui ont discuté.
À ceux qui sont revenus.
À ceux qui m’ont écrit.
À ceux qui ont parlé de mon travail.
À ceux qui ont participé au concours et qui ont pu venir me rencontrer.
Et à vous qui avez suivi cette improbable Épopée de la Foire Européenne épisode après épisode.
Vous avez connu les maisons.
Les dômes.
Le parking.
Le soleil.
La maison disparue.
Les dégustations.
Les grandes espérances.
Les petites désillusions.
Et maintenant…
les comptes.
Cette fois, c’est terminé.
Les maisons sont rangées.
Les chocolats sont rentrés.
Et la chocolatière ?
Elle a repris la route.
Parce qu’après tout…
son magasin est sur quatre roues. 😉
FIN ❤️