21/08/2026
J'ai rencontré pour la première fois François Patriat en 2018. Mon wagon venait tout juste d'être installé. C'était un soir de novembre, il était accompagné d'un collaborateur. Je ne l'ai pas reconnu. J'ai entendu vaguement parler de lui, mais c'est un client qui m'a alerté : « T'as vu qui c'est ? C'est Patriat ! » Ce soir-là, j'ai découvert un homme affable et fringant. On a échangé rapidement autour des jeux de mots du menu, sans qu'il me dévoile son identité. Il a fini par écourter son repas : « Je suis désolé, je n'ai pas le temps de finir mon burger. Il est très bon, mais on m'attend à l'Élysée. » Une façon de me faire comprendre, avec le sourire, qu'il était quelqu'un d'important.
Au printemps suivant, il est revenu avec trois ou quatre collaborateurs. Ils se sont installés en terrasse et je lui ai tendu la nouvelle carte. Il s'est tourné vers ses amis : « Regardez le menu, vous allez vous marrer ! », avant de m'adresser un clin d'œil. On s'est croisés deux ou trois fois par la suite. Je crois qu'il appréciait sincèrement mon humour potache, notamment les derniers menus inspirés de pochettes de disques.
Quand j'ai appris sa disparition, je me suis dit : « Rends-lui hommage, évite les poncifs et le patos habituel, fais-le marrer là où il est. » C'est ce que j'ai fait. J'ai heurté certaines personnes, ce qui m'a valu insultes et menaces. Pourtant, il n'y avait pas la moindre once de mépris ou de méchanceté dans ma démarche : j'ai simplement voulu lui rendre hommage à ma façon.
Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.
Et je ne cesserai de répéter "Blague Lives Matter"