23/01/2026
🔵CHARLEVILLE-MÉZIÈRES🔵
[GRAND FORMAT] LES LOYERS DES COMMERCES EN QUESTION AU CŒUR DU CENTRE-VILLE
À force d’entendre dire que les loyers des rues piétonnes constituent un frein à l’installation de nouveaux commerçants, Ardennes Actus est allé vérifier sur le terrain. Bon, il est clair que le sujet divise mais tous les points de vue se défendent : chiffres à l’appui.
➡️ Jusqu’à 3 000 € pour une petite devanture
Difficile d’ignorer les cellules commerciales vides en centre-ville. Elles semblent nombreuses et leur accès a la réputation souvent coûteuse. Premier contact et premier ordre d’idée du côté de la Rue Bourbon. Chez Adopt Parfums, le franchisé joue la carte de la transparence : le loyer s’élève à 3 000 € par mois pour une surface de 50 m². « Nous disposons également d’une réserve de 100 m², précise Christopher Drux. Je loue à une agence parisienne. Mon activité fonctionne bien donc cela reste supportable mais je sais que ce n’est pas donné. » Le commerçant ajoute que son bailleur lisse sa taxe foncière dans le loyer. À quelques mètres de là, le gérant de La Pièce Unique paie 940 € mensuels pour 40 m². Thomas Desensac aimerait agrandir son commerce ailleurs mais se heurte à la réalité du marché.
« Les loyers sont souvent excessifs, sans compter les travaux à prévoir, regrette-t-il. C’est dommage car le potentiel du centre-ville est réel mais certains propriétaires semblent déconnectés de la réalité économique. »
➡️ Le loyer de Maisons du Monde plonge de 7000
à 3750€
Plus haut dans les rues piétonnes, Élise Neveux est installée depuis septembre 2025 à La Parenthèse. La spécialiste déco et ameublement connaît bien les difficultés liées à la recherche d’un local. « Trouver la bonne surface au bon prix n’a pas été simple, explique-t-elle. J’avais envisagé l’ex-Maisons du Monde, initialement proposé à 7 000 €, que j’avais négocié à 5 000 € mais j’ai trouvé une opportunité moins chère rue Beregovoy : 175 m² avec un étage pour le stockage. » Le loyer de l’ex-Maisons du Monde inoccupé depuis des mois a été depuis abaissé à 3750€. Le sujet loyer semble d’ailleurs un dossier sensible avec plusieurs commerçants qui ont préféré rester silencieux.
Il était temps d’aller fouler les pavés de la place Ducale. Mais là aussi la discrétion s’est invitée. Le patron du restaurant Le Concept a cependant accepté la discussion. « Personne ne va vous donner son loyer car cela va se comparer avec le voisin et peut compliquer de futures négociations car un loyer
ça se discute avec son propriétaire, lance Éric Arnaud. Le loyer doit représenter moins de 10 % du chiffre d’affaires, c’est une règle de base si tu veux pas te planter. » Avant de trancher : « Certains propriétaires sont trop gourmands. Ici, on n’est ni à Paris, ni à Reims, ni à Saint-Tropez. Et les vitrines vides le montrent bien. »
➡️ L’avis de l’agent immobilier
Pour comprendre l’envers du décor, Ardennes Actus a contacté l’agent immobilier Jean-Philippe Jaeger et le conseiller municipal au commerce Patrick Fostier. Les deux avis sont à prendre en compte. À commencer par l’agent immobilier du cabinet Bayard qui préfère nuancer en évoquant la logique des bailleurs. « Un loyer reste un investissement et les propriétaires cherchent un rendement, souffle le professionnel. Des Parisiens ont acheté ici après le Covid à des prix élevés, avec des emprunts et une forte pression fiscale. » Il souffle pourtant un vent d’optimisme : « Certains loyers sont aujourd’hui revus à la baisse mais bon un spot idéalement situé à 500 €, ça n’existe pas. Sinon tout le monde se lancerait. Une autre réalité existe aussi c’est la consommation via les sites en ligne ou enseignes low-cost qui pénalisent nos commerces, et ça on est tous responsables. »
➡️ Qui sont ces propriétaires du centre-ville?
Louer une surface commerciale en centre-ville, c’est s’adresser à trois types de propriétaire. Des profils bien différents entre des investisseurs parisiens qui sont fixés sur la rentabilité, des retraités bailleurs qui dopent leur modeste retraite grâce à ce revenu et enfin des anciens commerçants qui profitent d’un repos bien mérité mais affichent des tarifs en lien avec le souvenir d’une activité florissante des années 80. Ce qui n’est vraiment plus le cas. Patrick Fostier
rejoint néanmoins Philippe Jaeger à travers une lueur d’espoir avec des cellules vides depuis plusieurs mois qui amènent progressivement les bailleurs privés à réfléchir avec une correction du loyer r***e à la baisse.
➡️ La collectivité consciente du problème
Pour le reste, l’élu d’expérience en connaît un rayon sur le commerce local et n’hésite pas lui aussi à dénoncer « des loyers déconnectés du marché, c’est vrai qu’une partie est hors de prix. » La collectivité ne reste pour autant pas les bras croisés et agit avec les leviers possibles.« Déjà on ne peut pas encadrer les baux commerciaux, prévient-t-il. Ensuite on taxe les locaux vacants chaque année via la cotisation foncière des entreprises et ça peut inciter les uns et les autres à remettre son bien sur le marché ou réviser son loyer. »Autre levier, Ardenne Métropole reprend à son compte des surfaces vacantes en les rénovant pour les louer à prix intéressant. « Oui on les remet en location avec un loyer à moitié prix du prix du marché la première année, comme on vient de le faire rue du Moulin avec une commerçante qui s’installe », précise celui qui est aussi vice-président de l’agglomération. Une aide à l’investissement est également proposée pour les travaux ou du matériel avec des prêts à taux zéro.
➡️ Pas de recette miracle
On s’en doutait bien, il n’existe évidemment pas de recette miracle pour redynamiser le centre-ville. Mais entre pressions fiscales sur les locaux vacants, accompagnement à l’installation et loyers incitatifs sur certaines cellules, la collectivité affiche une ligne claire : enrayer progressivement une spirale de loyers jugés déraisonnables. Reste désormais à voir si bailleurs et commerçants parviendront à trouver un terrain d’entente durable, condition indispensable pour redonner vie aux vitrines du cœur de ville.
📝 Samuel Thiolière