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10/08/2026
05/08/2026

Les femmes âgées, ces victimes de violences conjugales que la société refuse de voir

Depuis des décennies elles subissent les coups, les insultes, le mépris et l'emprise, mais on ne les compte même pas. Josy et Geneviève, 76 ans, ont accepté de raconter à Mediapart plusieurs vies entières passées sous la domination d'un conjoint violent. Leur témoignage, glaçant, révèle un angle mort total de notre société : celui des violences faites aux femmes âgées, ignorées par les enquêtes, par les pouvoirs publics et par une bonne partie du travail social lui-même.

Il faut le dire tout net : ce silence n'est pas un hasard, c'est un choix politique. Pendant qu'on célèbre à grand bruit les avancées contre les violences conjugales, on continue tranquillement d'exclure des radars toute une génération de femmes. L'étude Cadre de vie et sécurité du ministère de l'Intérieur ne prend même pas en compte les femmes de plus de 75 ans. Les grandes enquêtes nationales de référence s'arrêtent, selon les cas, à 59 ou 74 ans. Résultat : au Centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de Paris, les femmes séniors ne représentent que 4 % des personnes reçues, alors qu'elles sont massivement concernées.

Une violence de plusieurs décennies, banalisée par une société patriarcale

Josy a reçu sa première gifle à 18 ans, juste après avoir accouché d'une petite fille morte peu après sa naissance. Depuis, les violences psychologiques, puis physiques, ont continué pendant des décennies : humiliations, coups, morsure jusqu'au sang alors qu'elle était déjà âgée. Geneviève, elle, a vu son mari les isoler de sa famille, saccager la maison, la rabaisser sans relâche, jusqu'à lui faire perdre le goût de vivre.

Ce que racontent ces deux femmes, ce n'est pas un accident de la vie conjugale : c'est le produit d'une éducation qui a martelé à des générations de femmes qu'elles devaient « faire famille » à tout prix, se soumettre au « chef de famille », être « au service de ». Josy résume cette assignation avec une lucidité terrible : « Pour lui, il était le mâle et je n'existais que pour le servir. » Cette hiérarchie entre les sexes, on ne l'a pas laissée dans le passé : elle continue de broyer des femmes aujourd'hui, sous prétexte qu'elles sont « d'une autre génération ».

Élisabeth Liotard, directrice de l'association Viffil-SOS Femmes, le confirme : à force d'être rabaissées pendant si longtemps, ces femmes perdent confiance dans leur propre jugement et finissent par trouver « normales » des violences qui durent depuis trente ou quarante ans. Une étude menée à La Réunion donne la mesure des dégâts : 53 % des victimes présentent une dépression, 75 % un syndrome de stress post-traumatique. Une autre enquête, réalisée par la plateforme Opale Care auprès de plus de 4 000 femmes, montre que les femmes de plus de 60 ans en couple hétérosexuel sont surexposées à presque toutes les formes de violences conjugales : 94 % déclarent des violences psychologiques, 74 % des violences physiques, 71 % des violences dites vicariantes impliquant les enfants, et 39 % des violences économiques, avec des taux systématiquement supérieurs à la moyenne nationale.

Un déni d'État qui organise l'invisibilité

Ce n'est pas seulement la société qui ferme les yeux, ce sont les institutions elles-mêmes qui organisent cette invisibilité. Le président du Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge parle à ce sujet d'une « invisibilité intersectionnelle », née du croisement entre âgisme et sexisme. Une étude nationale sur les morts violentes au sein du couple révélait qu'en 2024, 26 % des cas concernaient des personnes de plus de 70 ans. Un chiffre énorme, largement passé sous silence dans le débat public, où les violences conjugales relayées dans les faits-divers concernent presque toujours des femmes de moins de cinquante ans.

Des député·es ont interrogé plusieurs gouvernements successifs sur cet « angle mort statistique », sans obtenir de réponse satisfaisante. Le constat est resté identique d'une législature à l'autre : les grandes enquêtes de victimation, bornées à 74 ou 75 ans, laissent de côté une population pourtant exposée. Combien de féminicides de femmes âgées faudra-t-il encore pour que l'État se décide enfin à compter correctement ses victimes ?

Isolement, dépendance économique, culpabilité : un piège à plusieurs verrous

Le départ à la retraite ou celui des enfants du foyer sont des moments identifiés comme particulièrement dangereux : les femmes se retrouvent alors seules, en permanence, avec leur conjoint violent, souvent sans les outils numériques ni les réseaux sociaux qui permettraient de rompre l'isolement. S'ajoute à cela une dépendance économique organisée par des décennies d'inégalités : ces femmes ont peu travaillé, leurs retraites sont faibles, les biens sont le plus souvent au nom du conjoint, et l'accès à l'argent leur a parfois été retiré depuis longtemps. Josy raconte avoir dû envisager le divorce avec moins de 1 000 euros de retraite mensuelle pour tout horizon.

Partir, à cet âge, ce n'est pas seulement quitter un homme violent, c'est perdre une maison, des souvenirs, des habitudes de toute une vie, et affronter le regard de l'entourage. Certaines femmes, même propriétaires et financièrement autonomes comme Geneviève, restent piégées par la culpabilité qu'on leur a inculquée : culpabilité de mettre le conjoint « à la rue », de le priver d'un accompagnement, alors que lui n'a jamais eu ce genre de scrupules à leur égard.

Un système de santé et de prise en charge à reconstruire

Les professionnel·les de santé eux-mêmes reconnaissent leur frilosité à poser la question des violences aux femmes âgées, par peur de faire s'effondrer une patiente qui réaliserait soudain avoir vécu quarante ans de maltraitance. Ce n'est pas de la pudeur, c'est un manque de formation généralisé, chez les aides à domicile, les personnels chargés des dossiers retraite ou les audioprothésistes, qui croisent pourtant ces femmes régulièrement et pourraient, s'ils étaient formés, repérer bien plus tôt les situations de danger.

Quand une femme âgée décide enfin de partir, encore faut-il qu'un hébergement adapté existe. Or les dispositifs collectifs d'urgence sont largement inadaptés à leur âge et à leurs difficultés physiques. Quant aux hommes violents séniors, la question reste entière : la justice elle-même reconnaît qu'il est difficile de les placer en garde à vue ou d'engager des poursuites, tandis qu'un placement en établissement peut exposer d'autres personnes âgées à de nouvelles violences.

Sortir du silence, une question de survie

Malgré tout, des femmes s'en sortent. Josy a fini par partir, entourée de ses enfants, petits-enfants et d'un groupe de parole, avec la police prévenue du danger le jour du départ. Elle a aujourd'hui retrouvé l'envie de vivre. Geneviève a engagé une procédure de divorce, poussée par un médecin qui lui a dit sans détour qu'il fallait arrêter de réfléchir et passer à l'acte.

Ces trajectoires montrent qu'il ne suffit pas de compter sur la bonne volonté individuelle de quelques associations ou de quelques soignant·es engagé·es. C'est un choix de société qui doit être fait : financer des enquêtes qui n'excluent plus les femmes de plus de 75 ans, former massivement tous les professionnels qui croisent ces femmes, créer des hébergements d'urgence adaptés à leur âge, et cesser de traiter la vieillesse des femmes comme un motif d'invisibilité supplémentaire. Tant qu'on continuera à détourner le regard, ce sont des vies entières de femmes qui continueront d'être sacrifiées sur l'autel d'une domination masculine qu'on refuse encore de nommer.

Sources : Mediapart, Agevillage, UNSA Retraités, Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA)

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29/07/2026
23/07/2026

Au moins 17 sans-abri sont morts d’hyperthermie ou de déshydratation entre le 22 juin et le 1er juillet, selon le décompte du Collectif des morts de la rue. Ce bilan, encore incomplet, rappelle la vulnérabilité des personnes sans domicile face aux fortes chaleurs.

👉‍ https://l.mediapart.fr/DtD

22/06/2026

⚠️ ATTENTION aux fortes chaleurs.
Des lieux de fraîcheur sont ouverts jusqu'à jeudi.
Prenez soin de vous !

18/06/2026

L'Europe valide ses camps hors-sol : une capitulation face à l'extrême droite

Le Parlement européen a franchi ce 17 juin 2026 une ligne que beaucoup espéraient infranchissable. À Strasbourg, 418 voix ont suffi pour entériner la création de centres de rétention pour migrants en dehors des frontières de l'Union européenne. Ces "hubs de retour", présentés comme un outil de gestion migratoire, sont en réalité des camps d'externalisation de la misère humaine, loin des regards et des recours juridiques.

Le texte a été adopté avec 218 voix contre et 30 abstentions. Il est le produit d'une alliance assumée entre la droite classique, incarnée par le PPE, et l'ensemble des droites souverainistes et nationalistes dans l'hémicycle. Jordan Bardella n'a d'ailleurs pas manqué de savourer la chose la veille du vote, se félicitant que son groupe ait été "l'aiguillon idéologique de cette négociation". Le masque est tombé.

Sur le fond, ce règlement autorise les États membres à conclure des accords avec des pays tiers pour y expédier les personnes déboutées du droit d'asile. La Grèce espère disposer d'un tel centre dès 2027. L'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et le Danemark sont également sur les rangs. Le modèle qui inspire tout cela ? Les centres italiens en Albanie, qu'un rapport d'Action Aid et de l'université de Bari a qualifiés de systèmes "ingérables et structurellement violents", où trois personnes sont mortes entre 2024 et le début 2025.

Amnesty International a dénoncé une extension des mesures punitives risquant de plonger davantage de personnes dans des situations précaires. Dans l'hémicycle, des élus de gauche ont crié "Honte à vous" pendant que l'extrême droite scandait "Renvoyez-les". L'eurodéputée écologiste Mélissa Camara a fustigé "l'erreur impardonnable et historique de renoncer aux droits et à la dignité des personnes exilées pour approuver un texte dont la seule boussole est la xénophobie". Bellamy, lui, jubilait, parlant de "la fin de plusieurs décennies d'impuissance".

Ce règlement s'ajoute à un Pacte sur la migration et l'asile entré en vigueur le 12 juin 2026, qui renforçait déjà les contrôles aux frontières. Coup après coup, l'Union européenne trahit ses propres valeurs fondatrices. Ce n'est pas de la fermeté. C'est de la lâcheté institutionnalisée au service de l'idéologie du rejet.

Sources : AFP, 20 Minutes, Franceinfo, France 24

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17/06/2026

Harcèlement policier par amendes : la France piège ses jeunes dans la spirale de la dette

Ils ont entre 13 et 25 ans. Ils jouent au foot dans leur quartier, attendent un ami devant son immeuble, s'assoient au bord d'un terrain. Et ils se retrouvent criblés de dettes. Un rapport accablant publié le 17 juin 2026 par Human Rights Watch, (RE)Claim et la Maison communautaire pour un développement solidaire met en lumière une pratique aussi systématique que révoltante : l'usage massif et discriminatoire d'amendes forfaitaires contre les jeunes Noirs et Arabes de France.

Le document de 68 pages s'appuie sur 42 entretiens menés entre février 2025 et avril 2026 à Paris, Lyon et Grenoble, dont 21 réalisés avec des jeunes multiverbalisés. Le constat est sans appel. La police utilise trois infractions comme armes d'éviction de l'espace public : le tapage, le dépôt sauvage de déchets et le déversement de liquides insalubres, autrement dit les crachats. Ces contraventions sont infligées simultanément, en rafales, parfois à cinq minutes d'intervalle, à des adolescents qui ne faisaient rien d'illégal. Certains cumulent entre 1 600 et 37 000 euros de dettes. Une mère de famille paie encore aujourd'hui les amendes accumulées par ses trois fils depuis leur enfance, pour plus de 1 000 euros lors d'un seul contrôle.

Le profil des victimes est toujours le même : des hommes jeunes, perçus comme Noirs, Arabes ou Nord-Africains, verbalisés dès 13 ans, déjà ciblés par des contrôles d'identité discriminatoires bien avant. Une étude publiée le 9 avril 2025 par les chercheuses Aline Daillère et Magda Boutros, financée par le Défenseur des droits, confirmait que ces pratiques constituent une politique délibérée d'éviction de l'espace public. La Cour des comptes elle-même, dans son bilan du 15 avril 2026, a jugé le dispositif des amendes forfaitaires délictuelles inefficace et attentatoire aux droits. La Commission nationale consultative des droits de l'homme alertait dès 2021 sur ces verbalisations abusives servant à chasser certains jeunes.

Pourtant, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez refuse les statistiques demandées par les associations, défend la probité des forces de l'ordre et qualifie ces amendes d'outils indispensables à la sécurité du quotidien. Il a bien daigné supprimer le mot indésirables de la nomenclature policière, mais le fond demeure. En 2025, deux policiers ont été condamnés à Tarascon pour faux et usage de faux, l'un à deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis : ils avaient photographié les pièces d'identité de jeunes lors de contrôles, puis fabriqué des amendes à distance. La même année, un policier a été condamné à Nanterre pour avoir verbalisé un adolescent de 16 ans dont les données téléphoniques prouvaient l'absence sur les lieux.

Les conséquences sont dévastatrices. Des jeunes adultes quittent leur emploi, ferment leurs comptes bancaires, travaillent au noir pour échapper aux huissiers et aux saisies sur salaire. Ce n'est pas de la sécurité publique. C'est de la punition raciale organisée par l'État.

Sources : Mediapart, Human Rights Watch, France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur

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14/06/2026

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