08/09/2026
La dernière ligne droite
Bon. Voilà. Cette fois, on approche vraiment de la fin. Le 15 septembre, le tribunal de commerce doit acter la liquidation judiciaire des Retrouvailles. Je vais le dire simplement, sans colère, sans chercher un coupable et sans refaire le match pendant trois heures. Je ne prends pas ça comme un échec. J’ai essayé, j’ai bossé, j’ai tenu aussi longtemps que j’ai pu et je me suis battu avec les moyens que j’avais. À un moment, il faut quand même arrêter de se raconter des conneries et regarder les choses en face. Je n’ai plus envie de me lever le matin avec cette impression de payer pour avoir le droit de travailler.
Les Retrouvailles m’auront coûté cher. Du pognon évidemment, du sommeil, de l’énergie, quelques bonnes prises de tête et certainement une sacrée fatigue accumulée. Mais cette aventure m’a surtout fait grandir. Elle m’a obligé à réfléchir, à me remettre en question, à regarder certaines choses autrement. J’ai compris ce que j’avais encore envie de faire et surtout ce que je ne voulais plus vivre. J’ai aussi compris qu’on pouvait bosser comme un malade, y croire, tout donner et malgré ça arriver au bout d’une histoire. C’est chiant, ça fait mal à l’ego, mais ça fait partie du jeu.
Et je veux quand même rassurer ceux qui pourraient s’imaginer que je suis au fond du trou. Non. Je ne vais pas prétendre que tout va merveilleusement bien non plus, faut pas dé****er. Mais cette fin va aussi me permettre de me retrouver un peu. De récupérer du temps, de l’air, de l’énergie. De ne plus me réveiller avec cette foutue boule au ventre en pensant aux charges, aux factures et au reste. J’ai besoin de retrouver Rudy dans tout ce bo**el. Celui qui monte des projets parce qu’il en a envie, qui court, qui écrit, qui écoute du rock trop fort, qui voit ses filles, ses potes et qui peut passer une journée sans faire des comptes dans sa tête toutes les dix minutes. Et quand j’aurai remis un peu tout ça en place, je sais que j’irai mieux. Beaucoup mieux.
La restauration et les petits commerces traversent une période sacrément compliquée. Tout coûte un bras. Les produits, l’énergie, les charges, les loyers. Pendant ce temps-là, nos centres-villes perdent doucement leurs commerces et une partie de leur vie. Je pourrais passer des heures à gu**ler là-dessus, mais ça ne changera pas grand-chose. Alors je préfère garder mon énergie pour la suite.
Et surtout, je veux parler de vous. Ceux qui sont venus boire un verre, passer cinq minutes au comptoir ou trois heures à refaire le monde. Ceux qui sont revenus encore et encore. Ceux qui ont partagé une publication, parlé des Retrouvailles autour d’eux, envoyé un message ou simplement poussé la porte pour prendre des nouvelles. Et puis il y a ceux qui m’ont carrément aidé à tenir la baraque. Les copains qui sont venus derrière le bar, bricoler, porter, ranger, dépanner, installer, faire un service ou juste s’asseoir cinq minutes avec moi quand ils voyaient bien que j’en avais plein la gu**le. Je ne ferai pas de liste. J’aurais trop peur d’oublier quelqu’un. Vous savez qui vous êtes. Et je veux que vous sachiez que je n’oublierai rien non plus. Vous avez été là quand c’était facile, mais surtout quand ça l’était beaucoup moins. Je vous dois énormément et vous avez tout mon respect.
Les Retrouvailles, ce sont aussi toutes ces rencontres faites derrière le comptoir. Certaines sont devenues de vraies amitiés. D’autres resteront de très beaux souvenirs. Et puis il y a ces personnes qu’on ne voit pas forcément souvent mais dont un simple passage suffit parfois à changer la gu**le d’une journée. Elles ne le savent peut-être même pas. Tout ça va me manquer, forcément.
Mais la porte n’est pas encore fermée. Les Retrouvailles restent ouverts uniquement le soir et le jugement du 15 septembre ne veut pas forcément dire que je vais baisser le rideau dans la foulée. Aujourd’hui, je ne connais pas encore la date exacte de la fermeture définitive. Alors tant que la lumière est allumée, autant en profiter. Il nous reste encore quelques soirées, quelques verres, quelques conneries au comptoir, quelques discussions qui devaient durer cinq minutes et qui finiront deux heures plus t**d. Et franchement, je serai heureux de partager tout ça avec vous jusqu’au bout.
Après, je repartirai. Comme d’habitude. LJT PROD est lancé avec l’événementiel, les festivals, les concerts, le booking, le traiteur et le chef à domicile. Le site se construit, les idées aussi. Côté boulot, quelques portes commencent à s’ouvrir. Il y a des pistes, des discussions, des possibilités. Rien de signé pour l’instant, donc je vais éviter de vous vendre une nouvelle vie toute emballée avec un joli ruban autour. Mais ça bouge. Et rien que ça, après ces derniers mois, ça fait un bien fou.
Le plus étrange finalement, c’est qu’au moment où une porte commence à se fermer, j’ai rarement eu autant envie de voir ce qu’il y avait derrière les autres. Je repars de zéro sur certaines choses. Ça ne me fait pas peur. J’en ai déjà recommencé des vies, des boulots, des projets, des conneries. Une de plus ou une de moins maintenant.
Le jour où je tournerai la clé des Retrouvailles pour la dernière fois, je vais certainement rester quelques secondes comme un con devant la porte. Je me connais. Ça va me faire quelque chose. Évidemment. Mais je partirai sans rancœur. Avec quelques cicatrices, beaucoup de souvenirs, de sacrées belles rencontres et surtout énormément de gratitude pour tous ceux qui auront fait un bout de chemin avec moi. Merci à ceux qui étaient là au début. Merci à ceux qui sont arrivés en cours de route. Merci à ceux qui m’ont aidé quand j’en avais besoin. Merci à ceux qui sont encore là aujourd’hui. Et d’ici là, on a encore le temps de s’en boire un. Ce n’est pas encore un adieu. On va déjà commencer par se dire au revoir.
Rudy