28/09/2026
Mesdames et Messieurs les élus, chers concitoyens, chers clients,
Aujourd’hui, je m’adresse à vous avec une émotion particulière, car je dois vous annoncer une décision difficile : la fermeture du Chartreux.
Il y a quelques années, j’étais responsable dans une entreprise. J’avais envie de changer de métier, de reprendre un commerce sur Nancy.
Quand en 2020 le Chartreux a fermé pour liquidation judiciaire, j’ai voulu relever le défi en tant qu’habitant mais aussi en tant qu’élu pour ne pas qu’il meure. Mais surtout, j’ai cru en ce projet. J’y ai investi mon temps, mon énergie, et même ma vie de famille, qui malheureusement, est passée après ma femme et mes enfants qui ont vécu leur adolescence avec un père absent.
Pendant six ans, j’ai mis ma vie entre parenthèses.
Oui, tout est passé après les besoins de ce commerce, de ce lieu de vie qui, je le rappelle, est le seul espace de convivialité et de services sur notre commune, hormis les associations.
J’ai multiplié les services : épicerie, bar, boulangerie, jeux, rencontres… J’y ai ajouté des activités indispensables, notamment pour les personnes vulnérables. J’ai travaillé avec des fournisseurs locaux, pour le bien de tous.
J’ai embauché deux jeunes de la commune en CDI – l’un depuis 4 ans, l’autre depuis 2 ans. Des emplois locaux, stables, pour des jeunes qui méritaient leur chance. J’ai même formé un alternant en BUT.
Avec un taux horaire d’environ 5€, on peut dire que je n’ai pas compté mes heures. Un dirigeant d’entreprise ne doit pas compter ses heures… mais là, avec 70h par semaine, je commence à avoir le droit de me plaindre.
Pourtant, j’ai persévéré.
Sur un point de vue fiscal, j’ai été contributeur à tous les niveaux :
- Impôt sur les sociétés,
- Impôts fonciers,
- Cotisation foncière des entreprises.
-loyers et charges,
Et à titre personnel, j’ai acquitté bien évidemment mes impôts sur le revenu et sur le foncier.
Ma femme, professionnelle louant un local communal, paie exactement les mêmes taxes. Alors oui, je peux me permettre de dire que nous sommes un foyer donateur généreux pour notre village.
J’ai aussi fait vivre la commune :
- Soirées festives dans le local pour rassembler les habitants, surtout pendant l’hiver, où le climat ne permet pas de se promener ou de discuter avec ses voisins comme on le ferait en été.
- Puis cette année, Exportation de cette convivialité au Parc du Château, tous les vendredis soirs de l’été, avec la participation de la mairie.
Des moments de fraîcheur, de liens, de vie collective.
Alors pourquoi cette décision ?
Après avoir pris conseil auprès de Monsieur le Maire, j’ai compris, suite au dernier conseil municipal, que le Chartreux ne bénéficierait d’aucune aide tant que je serais à sa tête. La crainte du conflit d’intérêts, en tant qu’adjoint aux finances, a pesé plus lourd que l’intérêt général.
Oui, je pars avec émotion.
Je vous adore, cette commune et ses habitants. Mais aujourd’hui, je dois admettre que les conditions ne sont plus réunies pour continuer.
Et puis, il y a cette question qui me trotte dans la tête : pourquoi depuis les élections municipales, ma vie professionnelle est devenue plus compliquée. Non seulement le nombre de clients baisse, mais en plus, des gens malveillants, des habitants qui ne viennent même plus au commerce, me dénigrent. Pourquoi ? Parce que je suis élu au conseil municipal.
Et n’y voyez pas un problème financier, seul le nombre de clients baisse, pas le panier moyen.
Dans ce village, une scission s’est installée. On la constate partout, même à l’école. C’est lamentable. Nous sommes dans un petit village, pas dans une grande ville politisée. Moi, je suis un commerçant indépendant, avec mes idées, mais qui les garde pour lui. Personne ne peut dire que je fais de la politique dans mon commerce. Personne.
Alors oui, c’est le cœur lourd que j’ai pris cette décision : arrêter le Chartreux. Pourtant, beaucoup de mes clients ont besoin d’un commerce de proximité comme le mien. Regardez autour de vous, regardez dans les autres villages : c’est incroyablement vide de commerces. Et nous, nous avions un commerce. Et nous le perdons : Certains semblent s’en réjouir.
Certains parlaient de redynamiser ce lieu… Mais comment ? Ces personnes ne sont même pas clientes.
Alors aujourd’hui, je pense avoir fait le tour de la situation. je dois tourner la page.
Je ferme, non pas par choix, mais par nécessité. Parce que je ne peux plus supporter cette ambiance, ces divisions, cette injustice.
Merci à ceux qui m’ont soutenu, merci à ceux qui ont profité de ce lieu. Et qui pourront en profiter jusqu’au 31 octobre prochain.
Merci à vous tous, de m’avoir lu aujourd’hui.