09/09/2026
Rêver d'une échappée belle entre fleuve et montagne, là où le projet du Sentier de la Rive de Charlevoix pourrait un jour nous faire vibrer au rythme des grands paysages de Charlevoix! ⚓🩵🌊
Et si le rêve devenait réalité? Le Sentier de la Rive de Charlevoix en 2031?
Le Sentier de la Rive : chronique d’anticipation d'un rêve accompli
Été 2031, sept heures du matin, chutes Montmorency. Déjà les cyclistes en partance des chutes s’élancent doucement sur le plus beau sentier littoral du continent. Cent quarante kilomètres faciles jusqu’à Clermont. Le sentier de la Rive a hérité du tablier ferroviaire où jadis roulait un train. Ce matin-là, ils sont des centaines : familles de Québec parties pour la fin de semaine, cyclotouristes français et américains, aînés en vélo électrique. En hiver, ce seront les skieurs de fond et les mordus du vélo à pneus surdimensionnés.
Le premier tronçon longe la Côte-de-Beaupré, ses terres ancestrales, la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, avant de s'engager depuis Cap-Tourmente dans ce qui fut longtemps le privilège exclusif des passagers du train entre falaises et battures.
À Petite-Rivière-Saint-François, le sentier se faufile au pied du Massif puis poursuit son chemin entre escarpements vertigineux et battures paisibles. À Baie-Saint-Paul, une halte s'impose dans les galeries d'art de la rue Saint-Jean-Baptiste, le Musée d’art contemporain, le centre culturel, les microbrasseries, les chocolatiers, les bons restos, une pause riche en culture et en bonne bouffe.
Puis vient le tronçon Baie-Saint-Paul–Saint-Joseph-de-la-Rive où le Musée maritime de Charlevoix, gardien de l'épopée des goélettes, accueille les cyclistes là où les capitaines lançaient jadis leurs « voitures d'eau ». À deux pas, le Clocher de Saint-Joseph-de-la-Rive et son décor marin, la Papeterie Saint-Gilles où le papier se fabrique encore feuille à feuille, l’Espace de la Rive et sa grande baie, la table de l’Auberge de la Rive et le traversier de l'Isle-aux-Coudres.
Le sentier continue ensuite vers Saint-Irénée, sa magnifique baie, Ginette et son casse-croûte, les biscuits de Léon et Lily, le Domaine Forget puis il atteint la Malbaie : le Manoir Richelieu, le Musée de Charlevoix, les tables parmi les plus primées de l'Est du Québec. Enfin la fameuse distillerie Menaud à Clermont porte d'entrée des Hautes-Gorges. La boucle est bouclée du fleuve à l'arrière-pays.
Rien de tout cela n'était écrit.
Pendant des décennies, le littoral charlevoisien fut occupé par une voie ferrée d’abord indispensable au transport du papier mais dont la vocation n'a cessé de se chercher à compter du début du siècle. Le train touristique, lancé en 2011, avait ses adeptes et ses paysages spectaculaires, mais jamais son équilibre financier : les subventions publiques régionales ont fondu au fil des ans faute d’appui populaire et les crises se sont succédé. Le 20 décembre 2024, faute de quelques centaines de milliers de dollars, le train s’arrêtait ; une cinquantaine d'emplois disparaissaient à quelques jours de Noël. Il repartira l'été suivant, soutenu à bout de bras, pendant que la région se posait alors sérieusement la question : à qui appartient le littoral de Charlevoix, et pour quoi faire ?
C'est dans cette brèche que s’est engouffré le Groupe Sentier de la Rive de Charlevoix, un organisme but non lucratif, qui portait l'idée d'une piste multifonctionnelle au bord du fleuve — une idée dans l'air depuis 2001. D'abord conçu pour cohabiter avec le rail entre Baie-Saint-Paul et Saint-Joseph-de-la-Rive, le projet a changé d'échelle quand la viabilité du train s'est effondrée en 2024 : on installerait à un coût beaucoup moindre le sentier non pas en contrebas de la voie ferrée comme pensé à l’origine mais sur le tablier ferroviaire lui-même en lieu et place du train. De Petite-Rivière-Saint-François à La Malbaie d'abord.
Ce fut tout un débat. Les administrateurs du chemin de fer ne lâchaient pas prise ; les promoteurs du sentier répétaient que l'on ne pouvait indéfiniment demander aux fonds publics de maintenir une infrastructure privée sans modèle d'affaires viable pendant que le littoral demeurait inaccessible aux Charlevoisiens eux-mêmes. Des voix fortes se sont levées, dont celle de Pierre Lavoie, qui voyaient dans le sentier un projet d'envergure internationale et de santé publique. Les consultations menées auprès de la population révélaient une adhésion massive au projet de sentier.
L'année électorale de 2026 fut le point de bascule. Le Groupe sentier de la Rive de Charlevoix a exigé des candidats qu'ils se prononcent. La question de l’urne dans la région était devenue : « Que faisons-nous de notre fleuve ? ». Et la réponse a fini par s'imposer : le plus bel actif de Charlevoix serait rendu à tous.
Cinq ans plus t**d, en cette année 2031, le bilan dépasse les études les plus optimistes. Les cyclotouristes ont fait du Sentier de la Rive une destination en soi, la seule au monde où l'on pé**le plus de cent kilomètres au ras d'un fleuve-mer, dans une région reconnue réserve mondiale de la biosphère par l'UNESCO. Les gîtes affichent complet de mai à octobre. Certains vont même jusqu’à dire, sourire en coin, que les médecins de la région prescrivent le sentier comme on prescrit un médicament.
On dira que c'était écrit dans le ciel. Ce n'est pas vrai. Il aura fallu des citoyens entêtés, des études rigoureuses, des élus courageux et une population qui a fini par dire tout haut ce qu'elle pensait tout bas : le fleuve nous appartient.
Le Sentier de la Rive n'aura jamais été un projet de vélo. C'était un projet de région. Et il a abouti.
📷 Véronimot, Véro Tanguay