07/07/2026
Dur dur de prendre la parole ces temps-ci⊠Mais vous lâavez remarquĂ©, nous sommes absents ou presque des rĂ©seaux. Inutile de continuer Ă faire semblant, jâai donc dĂ©cidĂ© dâĂȘtre transparente et de me livrer Ă vous, sincĂšrement⊠comme je le fais depuis le dĂ©but.
Tout le monde le sait, lâhoreca est un secteur de passion, et nous avons toujours dit que le jour oĂč celle-ci ne serait plus, nous ferions autre chose.
Nous traversons une pĂ©riode compliquĂ©e et les grandes questions sâimposent Ă nous. Tenir ou lĂącher? Les congĂ©s arrivent probablement au bon moment, nous permettant de souffler quelques jours et dâĂ©viter de prendre des dĂ©cisions dans la fatigue.
Tout le monde traverse une pĂ©riode financiĂšrement difficile, nous sommes les premiers impactĂ©s. Les charges ne font quâaugmenter, les matiĂšres premiĂšres ont pris 25% et la clientĂšle a diminuĂ© de prĂšs de la moitié⊠Au-delĂ de ces up and down, car reconnaissons le; un jour nous sommes full et vide le lendemain, le plus dur est dâencaisser la dĂ©sillusion totale.
Jâavais ouvert cet Ă©tablissement avec le souhait dâĂȘtre un lieu de rassemblement, un bistrot de quartier chaleureux, avec des plats simples et rĂ©confortants Ă prix dĂ©mocratiques. Jâavais le fantasme de ces restos Ă la française, jâoffrais mĂȘme les carafes dâeau tiens! Et trĂšs vite jâai dĂ» me rĂ©adapter; les tables Ă©taient nombreuses oui, mais ma faille avait Ă©tĂ© vite repĂ©rĂ©e; une grande qualitĂ© de produits, de la gĂ©nĂ©rositĂ© dans lâassiette mais pas que, des prix en dessous du marchĂ© et la possibilitĂ© de boire gratuitement. Ăa a fait gloups mais jâai redressĂ© la barre.
Petit Ă petit, notre cuisine a Ă©voluĂ©. Si notre discours a toujours Ă©tĂ© le mĂȘme, mes convictions personnelles ont elles pris plus de place. Jâai appris Ă oser affirmer mes pensĂ©es, ma cuisine, ma vision des choses⊠Car manger ce nâest pas juste se nourrir. Soutenue par Ăric, et une partie de notre clientĂšle, nous avons prĂ©cisĂ© notre projet; une cuisine plus vĂ©gĂ©tale, principalement composĂ©e de produits belges, plus soignĂ©e, plus travaillĂ©e.. avec toujours cette gourmandise qui nous caractĂ©rise. On a poussĂ© les curseurs plus loin, on a sourcĂ© dâautant plus nos produits, on a portĂ© des messages forts et invitĂ© au changementâŠ
Aujourdâhui, ça sâeffondre un peu.
Ce qui sâeffondre aujourdâhui câest mon rĂȘve, câest mon utopie de participer un peu Ă changer le monde et bien sĂ»r mon moral.
Jâai dĂ» apprendre quâon peut passer des heures en cuisine et chez nos producteurs, quâon peut donner tout ce quâon a pour faire des propositions originales, sâaccrocher pour sourire coĂ»te que coĂ»te, rogner nos marges pour rendre la cuisine durable accessible⊠On sera jugĂ©s sur le confort dâune chaise, le groupe dâamis prĂ©sents un peu bruyants, une rĂ©ponse jugĂ©e trop sĂšche ou lâĂ©paisseur du papier toilette.
AprĂšs un sondage sur nos rĂ©seaux, plus de 75% de notre clientĂšle souhaite que lâon refasse des burgers et des frites, et les 25% autres prĂ©fĂšrent des pinsas et burrata. Ăa fait mal.
In fine on comprend quâon se donne autant de mal pour rien, voilĂ plus de deux ans que lâon skip les moments en famille ou entre amis (pour les trĂšs rares qui sont restĂ©s dans nos vies), plus de deux ans que lâon travaille Ă©puisĂ©s, parfois malades, parfois carrĂ©ment en convalescence opĂ©ratoire! Plus de deux ans quâon travaille dans les 80h/semaine pour un salaire infĂ©rieur au chĂŽmage⊠On a enchaĂźnĂ© les dĂ©ceptions et coups durs au niveau du personnel, les trahisons, les collabâ qui ne vont que dans un sens. Les contraintes et obligations professionnelles qui ne collent pas forcĂ©ment Ă notre rĂ©alitĂ© mais ajoutent du stress, du travail, des facturesâŠ
Câest lâincomprĂ©hension pour nous et la dĂ©sillusion. Je ne sais pas si jâai la force et lâenvie de devenir un snack Ă burgers avec tous ceux qui pullulent dĂ©jĂ . Je ne suis pas certaine de vouloir vous proposer une pseudo cuisine italienne alors que nous en sommes entourĂ©s.
Ce qui est certain câest que nous devons trouver un nouveau systĂšme pour notre Ă©tablissement. Certains de nos rĂȘves sont intacts, les possibilitĂ©s sont vastes, nous avons dĂ©jĂ mis un pied dans lâengrenage du changement en sous-marin, mais la peur et la fatigue dâaujourdâhui nous empĂȘchent de nous positionner.
Nous continuerons Ă faire ce que nous faisons - Ă nos yeux - de mieux; câest Ă dire notre cuisine essentiellement vĂ©gĂ©tale, des petits plats Ă partager, un service chill et non guindĂ©, du vin nature, des desserts gourmands et beaucoup, beaucoup dâhumilitĂ© et dâĂ©changes humains jusque fin dâannĂ©e.
Rien nâest bon dans la prĂ©cipitation, alors nous vous promettons ĂȘtre lĂ , comme ça, jusquâĂ NoĂ«l 2026. Ensuite, inchâallah comme on dit chez moi đ
Merci pour votre bienveillance đ