16/08/2026
Le Vieux Château à Flobecq, Août 2026
Quelle joie de retourner à Flobecq pour découvrir les créations estivales de ce chef merveilleux qu’est Tanguy de Turck !
C’est ma quatrième visite dans cet endroit formidable qui est en constante progression depuis ces dernières années. C’est un privilège de manger dans un restaurant dont ton expérience te confirme à chaque fois que c’est un « futur X🌟 » et que cette conclusion se vérifie d’année en année jusque-là. Voyons donc si ça se vérifie encore un fois.
Un peu de géographie d’abord. On est à Flobecq, l’absolu Nord-Est du Hainaut, au Nord de Ath, dans ce qu’on appelle le « Pays des Collines » hanté à l’Ouest par les terrifiantes Sorchiles d’Ellezelles !
Le lieu est très beau. Depuis la route on tourne dans le petit chemin pavé, on passe le grand portail de pierre, vers l’allée centrale verdoyante menant vers le petit parterre puis le grand « pont levis » par lequel on accède enfin au bâtiment. D’abord le hall d’entrée chaud et cossu, l’accueil classieux, les vieilles pierres faisant ensuite place à la modernité de la grande salle entièrement vitrée, élégante et lumineuse, ses tables parfaitement dressées, et tout y est splendide. Une classe internationale plane tout autour de cet endroit.
Une belle coupe de Champagne Diebolt-Valois et un superbe Sekt brut nature de Riesling allemand pour débuter et on t’ouvre les papilles avec trois fort belles mises en bouche. Finies les petites bouchées, on va sur trois compositions très complexes et structurées :
« Ouverture du Chef » : maïs et cresson ! Tant mieux, ce sont deux produits que j’adore !!! Tuile de Maïs, tapioca mariné dans le jus de cresson, Mini-maïs tranchés, petite sauce épicée et coulis de cresson clarifié pour finir. C’était époustouflant ! Quel démarrage. On aurait pu avoir ça en entrée !
Tartare de Homard bleu, en forme de petite couronne, mayonnaise à l’aneth et couronne de riz noir soufflé. Il arrive entouré d’un coulis vert d’aneth et on vient ensuite servir par-dessus un coulis de Poivrons rouges pimentés. Le semble en devient totalement orgasmique.
Enfin, Gambero Rosso, superbe produit, servie froide avec une émulsion de Bisque et une eau de Tomates toutes deux délicieuses.
Le menu est de 5 services, plus un plat signature en option, et un menu végétal est également disponible.
On démarre ! Filet de Bar en cru, Tomates et Livèche : coulis de tomate Green Zebra et livèche, jalapeño, ail et trois variétés de vinaigres, avec chlorophylle d’épinards pour marquer la couleur. Un vrai petit jardin de feuilles et fleurs dont la capucine apportant une belle amertume. Le tartare de bar était d’une fraîcheur exceptionnelle et le jus acidulé rendait l’ensemble très gourmand. Grace à la multitude d’herbes, feuilles, pétales, petits croustillants etc, un peu dans l’esprit du Gargouillou de Michel Bras, chaque fourchette fut différente. Vraiment très bon.
La cuisine est entièrement vitrée, le spectacle est permanent.
On continue avec Cabillaud cuit à la vapeur, totalement nacré, enroulé dans une gaine de courgette jaune façon futomaki, avec les parures du cabillaud assemblées et une mayonnaise à base d’huile au chorizo.
Deux sauces, une sorte de beurre blanc au verjus et une salsa verde, un peu comme du chimichurri, avec les feuilles encore plus noir deux ce qui apportait de la mâche.
Le Vieux Chateau possède une des plus belles cartes des vins que j’aie vu depuis longtemps. Enorme livre à la superbe couverture en cuir, pages en carton, et contenu magnifique. Thomas Pico. Nicolas Joly. Clos d’Opleeuw. Tissot…. Des listes interminables de superbes domaines et cuvées. Bravo encore.
Homard bleu cuit au barbecue japonais, jus au kimchi, Fleurs de Fenouil, et Kimchi. C’était un plat plus simple, un tronçon de homard cuit comme il se doit, un peu ferme mais très savoureux, mais un peu dépassé par sa sauce, très puissante. Étonnamment sur ce plat, c’est l’accord sans alcool proposé par Davina qui allait le mieux avec le plat, une decoction de fruits rouges mélangée à je ne sais plus quoi. Ca venait bien laver la bouche de la puissance de la sauce, et au final c’est cette boisson qui équilibrait le plat ! 👍🏼
Le service est excellent, on est aussi dans un niveau multi-étoilé de ce côté. Beaucoup d’attention au détail, Davina la Maître d’hôtel vérifie tout à chacun de ses passages en salle.
Chariot de pains cuits chaque matin et chaque après-midi, présentés par une jeune boulangère, plusieurs huiles d’olive et un beurre travaillé, fleur de sel à table, brossage des nappes à différents moments. Petits poufs en velours gris pour que les dames y posent leur sac et les messieurs leurs téléphones ou autres accessoires. Top top.
Et voici le plat signature.
Langoustine bretonne, énorme (taille 3-4 au kilo) et absolument parfaite, pure, cuisson splendide, avec une belle quenelle de chez House Of Caviar, posé sur un magnifique petit écrasé de Ratte du Touquet au beurre et herbes, le tout arrosé d’un beurre aux zestes d’orange succulent.
… 🙀
J’ai pleuré.
Je ne dis pas ça à la légère.
J’ai mangé en poussant de longs soupirs de contentement et à la troisième cuillère, mon visage s’est figé et une grosse larme a coulé. Ceci m’est arrivé une quinzaine de fois seulement dans les trente ans de ma carrière de gastronome depuis 1994, de tchouler sur un plat. Dans ces cas-là, on ne se tortille pas à chercher une cotation ; si le plat vous a fait pleurer, c’est 20/20. 💎
Les deux sélections de vins proposées par le sommelier Tom Smet ont toujours énormément de sens, de beaux accords. Il est vraiment très talentueux. La sélection sans alcool était également fort intéressante, je la recommande en parallèle aux vins.
*** Si vous voulez faire une pause dans la partie « repas » de mon reportage, scrollez à la fin pour lire l’historique du restaurant et de son chef. Une grande leçon de courage. ***
Incartade purement végétale, nous avons choisi d’ajouter un des plats du menu végétal, le Wellington de Betterave ! Le plat a été créé entièrement par le second, le très talentueux Loane Macktelinck. Splendide croûte présentée entière à table à sa sortie du four, ensuite tranchée et servie avec une sauce au vin rouge et un petit croissant de pommes de terre. C’était délicieux, la betterave était ultra gourmande, très bien travaillée, surmontée d’une duxelle de champignons également succulents, la pâte feuilletée parfaite et la sauce superbe. Bravo ! Il ne faut pas hésiter à demander d’ajouter l’un ou l’autre plat végétal au menu ou au contraire, prendre le menu végétal et ajouter un plat carné. Je signale que le Vieux Château figure dans le top 100 des restaurants végétaux du monde sur la célèbre liste We’re Smart.
Je dois signaler qu’une belle chaise confortable pour mon ample séant avait été prévue, et qu’on m’avait indiqué de venir avec la voiture jusqu’au bâtiment afin de m’éviter la marche. Merci énormément. Et Bravo ! Ils ont également un accueil spécifique pour les PMR sur demande, vu les quatre petites marches à passer pour arriver. Top !
Enfin, le plat, un superbe bœuf Wagyu Kagoshima A5+ ! Une tranche à la cuisson bleue millimétrée, à la première pression des dents, une ej*******on de gras à 360* (un bœuf en 4DX!) recouvre toutes les muqueuses de votre bouche. Quelle claque !! Wow. En satellite, un petit tartare de Wagyu dans une petite ballotine végétale, puis une Pomme dauphine et jus de cuisson puis un sabayon au Sambai (un mélange japonais de vinaigre de riz, sauce soja et mirin). C’était un plat magnifique.
Nous avons vu passer le superbe chariot de fromages et c’est la Maître d’hôtel Davina Declerq, toujours aussi élégante, resplendissante et au sourire communicatif qui le présentait, mais vu notre beau menu, on n’avait plus la place donc on a pris une assiette pour deux. Le plateau offre un fort beau choix, suffisant, une sélection très éclairée, et aussi de beaux accompagnements, dattes, granola, confitures et plusieurs pains spéciaux.
Un fort beau dessert autour de la Framboise, le Pastis, le Sarrasin et l’Anaïs. Crèmes, sorbet, crème glacée, crumble, et framboises entières, le tout avec un fort bel équilibre sur la fraîcheur.
Suivirent quatre mignardises excellentes et pour repartir à la maison un petit sac cadeau contenant des marshmallows et des pâtes de fruits faits maison.
On a pas mal parlé avec le chef qui est extrêmement sympathique et fort présent en salle durant tout le repas.
WoW de WoW. 🌟🌟🌟 !! C’était vraiment top de top !!! On a vraiment très très bien mangé. Pour moi la deuxième étoile devrait être une évidence déjà, et je pense que ce chef à l’envergure d’un condor, planera certainement jusqu’au plus haut !
Mais que c’était bon !! Ce repas fut merveilleux. Je suis très heureux de pouvoir dire que cette maison a un futur géant et extrêmement brillant devant elle. Merci à toute l’équipe, c’était juste fabuleux. 👍🏼
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Un peu d’histoire.
Cela fait maintenant déjà bien longtemps que Tanguy de Turck a investi ce vieux château de la commune de Flobecq.
C’est en passant devant qu’il s’est demandé pourquoi ce joli bâtiment était à l’abandon. Il a décidé de le louer, de le nettoyer et le rénover, et d’y ouvrir un restaurant. Puis enfin, avec l’aide de ses parents, de le racheter.
Au départ il y a pratiqué une cuisine qui était cohérente avec vieux murs et boiseries, soit viandes, grande rôtisserie, bons plats classiques. En quelques années, il s’est fait un nom, et une première cotation : un fort bel endroit où l’on mange fort bien.
Ensuite ce fut la catastrophe car Tanguy de Turck contracta une maladie très grave qui nécessita 17 opérations au cours des deux années suivantes. Le restaurant connut des moments compliqués, par moment ouvert sans lui, mais aussi des fermetures pendant qu’il devait se battre contre cette maladie contre laquelle il finit enfin par triompher.
Après sa guérison, son courage n’avait fait que grandie et il a fait des travaux importants pour augmenter l’espace de salle par une véranda lumineuse et moderne, mais bec grande cuisine ouverte, sur l’aile droite du château, avec vue sur les douves et les jardins.
Il rouvre donc fin 2019 et quelques mois plus t**d BOUM, seconde catastrophe, le Covid quelques semaines après la grande réouverture, forçant le restaurant à fermer l’enfant presque un an et demi selon les divers confinements de 20 et 21, pile au moment où il avait le plus besoin de rentabiliser ce nouvel espace pour payer les travaux effectués.
Heureusement il arrive à survivre financièrement et ensuite rouvre le Vieux Château et a réussi à faire fructifier son nouvel écrin gastronomique pour le hisser de plus en plus haut. La cotation GaultMillau progresse lentement, par contre Michelin lui accorde une étoile en 2024 !
Le résultat est un véritable temple de la gastronomie à deux pas de la frontière linguistique, mais tout le monde s’en fout de cette frontière, ici on parle tout et on pense belge !