09/10/2026
Attablez-Vous, Charles Jeandrain, Namur, Octobre 2026
Nous voici en route vers Namur afin d’une fois encore nous attabler chez Charles Jeandrain, dans cette magnifique maison wallonne de haute gastronomie.
Après être passé devant le Casino de Namur en direction Profondeville, on grimpe une petite rue sinueuse jusqu’à ce que de belles lumières et un grand logo bleu nous invitent à nous parquer devant cette belle villa.
Quelques marches plus loin, nous entrons au restaurant et saluons le chef sortant de sa cuisine pour accueillir les clients par son large sourire.
Entièrement rénovée il y a quelques années, le restaurant est très design, bois clair, belle lumière, un décor fort impressionnant, beau, zen, entraînant une impression de bien-être dès qu’on y pénètre.
Une fois installés sur la belle banquette de velours beige, autour d’une table ample et sobrement dressée, on vient nous déposer la carte, splendidement présentée dans un porte-menu carré très luxueux. Un menu de saison unique disponible à la carte (plus quelques options uniquement à la carte) ou déclinable en quatre à six services avec le choix de l’expérience fromage en sus. Les prix sont cohérents vu le niveau et les énoncés font déjà saliver dès le début de la lecture.
La splendide bulle « l’Insoumise » des Vins de Liège ainsi que deux Ch*****ne dont du Bollinger et un 100% Pinot Blanc en Brut Nature (0g/L), sont proposés en apéro ainsi que des cocktails maison, options sans alcool et classiques.
Les mises en bouche arrivent en deux services.
Une première bouchée autour du homard, pois et sarriette, très gourmande, nous met le palais en éveil.
Ensuite deux assiettes : d’un côté Butternut rôti avec crémeux de butternut, jambon de bœuf Wagyu et émulsion au café ; de l’autre, chou confit et chou façon kimchi avec émulsion au haddock fumé.
Tout était délicieux, très créatif et pas trop copieux. Le ton est donné. Bravo.
Nous avons opté pour la sélection de vins du sommelier Maxime Vieubled et la sélection sans alcool afin de tout goûter.
Le Pain arrive, fait maison, accompagné de deux beurres, sel et furikake, et une splendide huile d’olive du Péloponnèse.
On démarre le menu par BŒUF « SACHI », avec Huîtres Gillardeau, une « sauce à manger »*, et crème crue.
Un supplément de Caviar Imperial Heritage est proposé.
Le boeuf sachi (boeuf danois élevé dans un esprit zen « style kobe ») était coupé en tartare semi-épais conservant une belle mâche à la viande, la chantilly de crème crue extrêmement pure, l’huître apportant une touche iodée et lactée à la fois, et la sauce plein d’acidité et de peps. L’ensemble était hyper élégant, le tartare sous un voile de gelée transparente et ambrée, faite à base de jus d’huîtres et ponzu, la sauce couleur crème et points d’huile de bourrache contenant des morceaux d’huîtres et de fruits secs réhydratés dans la sauce. Sur le dessus, feuilles et fleur de bourrache. Un vrai tableau. C’était un vrai délice. Grande finesse et précision.
En accord, nous avions une macération d’eaux de tomates avec épices et herbes du sud, et côté vins le Riesling de Moselle de la collection Nat’Cool. Les deux fonctionnaient parfaitement sur le plat.
(*) : Une « sauce à manger » est une expression qui désigne une sauce suffisamment épaisse, riche et garnie pour constituer le cœur d'un plat. C’est commun dans la cuisine africaine, entre autres.
La salle est divisée en deux, salle principale en longueur depuis l’entrée et ensuite la partie en “L” de la maison qui donne sur une gigantesque fenêtre panoramique à la forme pentagonale très étonnante !
ARTICHAUT « 100% VÉGÉTAL »
Comté - champignons - sobacha - jus barigoule truffé. Quelle splendide assiette ! Un pied de nez à tous ces cons qui disent que « s’il n’y a pas de viande dans l’assiette ça ne vaut rien ». Quelle pêche !! Universal goût explosif, l’artichaut avec la sauce truffée, entre finesse et acidité, la sobacha (sarrasin torréfié) les champignons donnant une charpente de sous-bois aux saveurs. Le chef nous a expliqué tous les détails de la construction de ce plat, c’était ahurissant de complexité. Le résultat était vraiment gustativement fabuleux. Une splendide composition !
Le décor du restaurant est blanc et crème, plus cette couleur qu’on appelait greige autrefois. Tout est dans l’élégance, y compris deux superbes arbres fleuris qu’on croirait transpercer le sol au beau milieu des salles.
On continue avec un BAR DE LIGNE ! Très beau poisson, un joli tronçon, cuisson impeccable, assaisonnement aussi, puis en accompagnement une Mouclade, jus de carottes réduit au curry, vinaigre de fleur de sureau avec moules succulentes, et fleur de sureau. Hormis le poisson qui était splendide, la star de l’assiette était carotte, omniprésente, que ce soit dans la sauce, émincée en petite brunoise variée avec moules émincées, et aussi une tranche de carotte « entière »et encore bien ferme. Il y avait aussi une petite mousse verte dont j’imaginais qu’elle était faite des fanes mais en fait c’était une émulsion coriandre. Un plat de très haut vol.
Une sélection de vins bio et naturels est proposée en accompagnement du menu, inspirée et très bien construite par le jeune sommelier Max Vieubled (qui remplace Max, l’ancien, désormais parti officier dans des étoilés du côté de Hong-Kong !). Le nouveau Max est très confiant dans ses choix et les argumente avec brio. La carte est également fort complète et bien garnie. Des propositions sans alcool sont également disponibles.
Le service suivant s’intitule « SIGNATURE » ! C’est un péché mignon du Chef, du Ris de veau « croustillant » dont l’accompagnement variera au fil des saisons. La dernière fois c’était autour du ras-El-Hanout mais cette fois l’inspiration était plus forestière. Les premiers cèpes de la saison, juste poêlés, trois sauces qui se répandaient parfaitement (jus de cèpes, jus de veau corsé, et écume à la sauge) et enfin, ajouté ensuite au poêlon, un Risotto à la sauge et légèrement citronné (citron confit) totalement succulent. La cuisson du ris de veau était, encore une fois parfaite, très croûté à l’extérieur, moelleux et encore finement rosé dans tout le cœur. Quelle claque ! Le plat était du niveau d’un trois étoiles parisien. Top de top.
Notons au passage que le personnel est extrêmement accueillant, aimable, stylé, super bien habillé de costumes assortis, et leurs gestes sont précis et très fort élégants et surtout que leur service est très pro. La moindre miette tombant à table est brossée et éliminée des nappes blanches plusieurs fois durant le repas. Parmi cette « brigade de salle », un visage très familier, le toujours fringant Taïeb, ancien du Sea Grill et du Comme chez Soi, un grand pro et un nouveau depuis quelques mois, Yves, originaire de Marcinelle, au geste très précis et à l’œil vif !
On termine sur un CANARD COLVERT SAUVAGE ! 🦆 Viande formidable, bleue, servie en petites tranches fines sur assiette bien chaude. Petit tronçon de Foie gras un peu trop tiède à mon goût mais fort bon, baies de cassis acidulé, panais en trois textures (chips, purée crémeuse et en petits palets croquants) et une sauce relevée aux cinq épices. C’était un plat de haut vol. Cuissons, assaisonnement, température, goût : tout nickel chrome.
Cette constance dans la qualité des assiettes me rend moi-même étonné du côté superlatif répétitif de chaque paragraphe de cet article. Mais c’est explicable. Au début de cette année, suite au départ de son second, Charles Jeandrain a changé toute l’équipe. Plus de second, le chef à la barre du bateau et autour de lui, que des jeunes. Fi des chipoteries dans l’assiette, des angles clairs : produit, cuisson, assaisonnement, GOÛT !! Et ça marche. On a cette impression de plénitude, de « Zen » du chef, et lui a même rajeuni de visage. L’osmose, probablement. 🤔🤩
Ça fait plaisir à voir, à toucher des lèvres ! Et à goûter ! Et à sentir. Et maintenant à lire et à entendre. Bravo.
Les personnes désirant du FROMAGE sont dirigées vers une petite cave d’affinage située au milieu du restaurant. Dans ce petit espace climatisé, deux niveaux de fromages affinés côtoient une kyrielle de madeires millésimes disponibles au verre. Cette « Expérience Fromage » a même été couronnée d’un prix !
Le prélude au dessert était un granité de chartreuse sur brunoise de pommes verte et p*staches concassées, glace au shizo, fromage blanc. Un bel effet « sucre salé » et une compo super rafraîchissante avec un vrai nettoyage buccal. C’était très bon et aurait pu être le « vrai » dessert.
Enfin le dessert proprement dit, autour des délicieuses NOISETTES DU PIÉMONT, avec la royale Vanille de Tahiti, citron noir d'Iran et café. Énormément de fraîcheur et d’équilibre dans cette dernière assiette accompagnée d’un petit verre de « cocktail » de lait de noisettes finement chocolaté et caféiné.
Avec le café, furent servies de fort belles mignardises visuellement très élégantes et fines en bouche.
C’était un fort beau repas, d’un très haut niveau, et empreint d’une profonde vérité culinaire. Beaucoup de réflexion, et l’expression constante du chef Charles Jeandrain de son envie de le montrer. Car ces efforts se voient, se sentent, se goûtent, et au fil de nos visites nous constatons une évolution vers l’excellence et cela fait plaisir à voir.
Au plaisir de nous ré-attabler ici ! ☺️
Grand Bravo !