08/07/2026
On se retrouve beaucoup dans les mots d’Alyson de chez Maison 😢❤️🩹
Dur dur de prendre la parole ces temps-ci… Mais vous l’avez remarqué, nous sommes absents ou presque des réseaux. Inutile de continuer à faire semblant, j’ai donc décidé d’être transparente et de me livrer à vous, sincèrement… comme je le fais depuis le début.
Tout le monde le sait, l’horeca est un secteur de passion, et nous avons toujours dit que le jour où celle-ci ne serait plus, nous ferions autre chose.
Nous traversons une période compliquée et les grandes questions s’imposent à nous. Tenir ou lâcher? Les congés arrivent probablement au bon moment, nous permettant de souffler quelques jours et d’éviter de prendre des décisions dans la fatigue.
Tout le monde traverse une période financièrement difficile, nous sommes les premiers impactés. Les charges ne font qu’augmenter, les matières premières ont pris 25% et la clientèle a diminué de près de la moitié… Au-delà de ces up and down, car reconnaissons le; un jour nous sommes full et vide le lendemain, le plus dur est d’encaisser la désillusion totale.
J’avais ouvert cet établissement avec le souhait d’être un lieu de rassemblement, un bistrot de quartier chaleureux, avec des plats simples et réconfortants à prix démocratiques. J’avais le fantasme de ces restos à la française, j’offrais même les carafes d’eau tiens! Et très vite j’ai dû me réadapter; les tables étaient nombreuses oui, mais ma faille avait été vite repérée; une grande qualité de produits, de la générosité dans l’assiette mais pas que, des prix en dessous du marché et la possibilité de boire gratuitement. Ça a fait gloups mais j’ai redressé la barre.
Petit à petit, notre cuisine a évolué. Si notre discours a toujours été le même, mes convictions personnelles ont elles pris plus de place. J’ai appris à oser affirmer mes pensées, ma cuisine, ma vision des choses… Car manger ce n’est pas juste se nourrir. Soutenue par Éric, et une partie de notre clientèle, nous avons précisé notre projet; une cuisine plus végétale, principalement composée de produits belges, plus soignée, plus travaillée.. avec toujours cette gourmandise qui nous caractérise. On a poussé les curseurs plus loin, on a sourcé d’autant plus nos produits, on a porté des messages forts et invité au changement…
Aujourd’hui, ça s’effondre un peu.
Ce qui s’effondre aujourd’hui c’est mon rêve, c’est mon utopie de participer un peu à changer le monde et bien sûr mon moral.
J’ai dû apprendre qu’on peut passer des heures en cuisine et chez nos producteurs, qu’on peut donner tout ce qu’on a pour faire des propositions originales, s’accrocher pour sourire coûte que coûte, rogner nos marges pour rendre la cuisine durable accessible… On sera jugés sur le confort d’une chaise, le groupe d’amis présents un peu bruyants, une réponse jugée trop sèche ou l’épaisseur du papier toilette.
Après un sondage sur nos réseaux, plus de 75% de notre clientèle souhaite que l’on refasse des burgers et des frites, et les 25% autres préfèrent des pinsas et burrata. Ça fait mal.
In fine on comprend qu’on se donne autant de mal pour rien, voilà plus de deux ans que l’on skip les moments en famille ou entre amis (pour les très rares qui sont restés dans nos vies), plus de deux ans que l’on travaille épuisés, parfois malades, parfois carrément en convalescence opératoire! Plus de deux ans qu’on travaille dans les 80h/semaine pour un salaire inférieur au chômage… On a enchaîné les déceptions et coups durs au niveau du personnel, les trahisons, les collab’ qui ne vont que dans un sens. Les contraintes et obligations professionnelles qui ne collent pas forcément à notre réalité mais ajoutent du stress, du travail, des factures…
C’est l’incompréhension pour nous et la désillusion. Je ne sais pas si j’ai la force et l’envie de devenir un snack à burgers avec tous ceux qui pullulent déjà. Je ne suis pas certaine de vouloir vous proposer une pseudo cuisine italienne alors que nous en sommes entourés.
Ce qui est certain c’est que nous devons trouver un nouveau système pour notre établissement. Certains de nos rêves sont intacts, les possibilités sont vastes, nous avons déjà mis un pied dans l’engrenage du changement en sous-marin, mais la peur et la fatigue d’aujourd’hui nous empêchent de nous positionner.
Nous continuerons à faire ce que nous faisons - à nos yeux - de mieux; c’est à dire notre cuisine essentiellement végétale, des petits plats à partager, un service chill et non guindé, du vin nature, des desserts gourmands et beaucoup, beaucoup d’humilité et d’échanges humains jusque fin d’année.
Rien n’est bon dans la précipitation, alors nous vous promettons être là, comme ça, jusqu’à Noël 2026. Ensuite, inch’allah comme on dit chez moi 😉
Merci pour votre bienveillance 💕