Cacher le Soleil avec un tamis

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15/05/2022
19/04/2022

TÉMOIGNAGE D'UN ÉTUDIANT DE LA FIN DES ANNÉES 70 À CONSTANTINE.

Le 20 avril 1980, commémoration ou continuation.

LE 20 AVRIL 1980 À CONSTANTINE.

Quelle était l'atmosphère générale dans la capitale de l'Est, Cirta la Numide ?
L'air était à la morosité. Après un intermède qui a duré presque 18 ans, période durant laquelle le butin de guerre, ce grand gâteau, a été "gentiment" distribué à l'ombre de la baillonette, au nom d'un client, d'une région, d'une alliance ou d'une traîtrise. Tout a été enjolivé par l'idéologie forte du 20ème siècle : le socialisme. Il en fallait pour les maîtres d'Alger ! mais le leur était spécifique. Un socialisme tr****ti et dépravé : il s'inspirait de tout sauf de la philosophie de ses réels théoriciens. On était dans l'air des temps. La capitale Numide avait mangé son pain blanc. Elle arrive à saturation. Les nouvelles couches urbaines bousculent l'esprit citadin. Le colonel Abdeghani ancien chef de la 5ème région militaire et Hadj Yala, le préfet du beurre, sont passés par là. Ils ont dilapidé les biens vacants, l'immobilier et le foncier. Tahar Laâdjal, CNP(commissaire national du parti FLN) réactionnaire virulent, traître à son ami Chaâbani, trônait en grand gardien du temple des voleurs et ripoux. Son remplaçant arrivait directement d'une caserne avec le grade de commandant au moment où le Calife de "gauche" confiait la direction de la boîte FLN à un colonel du baâth local, je nomme Yahiaoui. Et Bouâbellou le fédéral ne jurait que par la mise à mort des mécréants démocrates et pissenlit de gauche. Déjà en 1978, Boumdiène était à l'aéroport Ain El Bey et les CRS avec leurs chiens encerclaient l'usine Sonacome et menaçaient physiquement les salariés en grève ! ces mêmes salariés et syndicalistes ont été déférés devant le procureur de la République, dont une femme syndicaliste enceinte de plusieurs mois.
À la mort du Calife (je le nomme ainsi parce qu'il a remplacé les préfets de la République par des Wali (de "el wala =allégeance), la période de répis a pris fin. Sans consulter le peuple, les chefs janissaires, dans un conclave, que eux seuls savent concocter, ont désigné le nouveau dey : un colonel muet. Son prédécesseur avait la verve, le langage de la ruse paysanne, le jargon poli des voyous et la métaphore des haineux. Le nouveau chef était aphone. Il s'exprimait mieux dans le silence qu'en parlant. Il nomma un premier ministre, colonel lui aussi, premier flic d'Algérie sous le moustachu Calife, et ancien prince de la rapine dans la grande province de Constantine, BenAhmed Abdeghani. Un grand initiateur de la campagne anti-fléaux, comprendre un lâcher de flics sur les trottoirs des villes pour apeurer le peuple et interdire les couples. Un nouveau virage. Ils doivent pouvoir s'allier à d'autres forces. Celles de la mort !
Le consensus d'après coup d'état de juin 1965 est fissuré. Le peuple, fatigué par des siècles de colonisation, a consenti à beaucoup de choses qu'il jugeait mineures par rapport à sa quête de repos et de reconstitution. La masse ne croyait plus à l'éternité du gouvernant. Le calife venait de quitter le monde et son remplaçant ne faisait pas l'unanimité. S'ensuit la bataille pacifique des blagues, apparemment dans la jovialité mais profondément significatives du marasme général. Le peuple étouffait !
L'Algérie de l'indépendance a laissé la place à celle de 16 millions alors que le butin s'est vu fondre comme du beurre au soleil.
En ville, ils ont placé, à l'entrée du souterrain, un aveugle qui psalmaudiait, à tue-tête, le coran au premières heures de la journée. La musique voulait d'autres partitions.
À l'université, le climat était à la suspicion. Le niveau scientifique reculait au profit du charlatanisme. Constantine du savoir est prise à la gorge par la horde des ténèbres. Les brilliants étudiants, les enseignants qualifiés étaient en quantité. Seulement ils ne pouvaient rien devant les détenteurs des manettes pédagogiques et les forces répressives qui imposaient les idéologies et les manipulations politiques. L'université n'était pas encore un mourroir mais l'érection des abbatoirs était visible.
L'université de Constantine qui a porté très haut les nobles idéaux de progrès, de justice, d'ouverture et de culture, a vu naître de grandes inquiétudes. Les reculs flagrants et l'approche du ravin. Les syndicats étudiants sont harcelés. Les comités pédagogiques et de cité sont bâillonnés, la commission culturelle n'est plus soutenue. Et au moment où les syndicats étudiants reculaient, la droite fasciste soutenue par la police politique pointait du nez et prenait place : les mosquées/réduits en sous-sol ou en salle des fac proliféraient, une littérature abrutissante envahissait les espaces scolaires et publics. L'agressivité tolérée par le gouvernant est devenue l'arme de l'étudiant zombie. Dans ce climat délétère, la gauche officiellement organisée, faisait toujours la bêtise de soutenir le pouvoir au lieu de pondre sa propre politique et sa propre théorie. Elle s'accrochait toujours à la théorie d'Oulianovsky "la Révolution Nationale Démocratique" ou le développement non capitaliste conduit par les démocrates révolutionnaires tels que les gouvernants algériens et à leur tête Chadli Bendjedid. Hadjeres et Benzine, vieux militants et anciens capés du PPA de messali, n'ont pas compris que cette théorie d'Oulianovsky a été rejetée par un comité central du PCUS en 1975 déjà. Mais Benzine et son équipe sont plus marxiste que Souslov et Trotsky réunis.
De ce brouillard idéologique et politique s'ensuit une hémorragie terrible dans les rangs du PAGS, dominant à l'université. Les dissidents se comptaient par dizaines en cette année 1980. Ils étaient tous des activistes des différents comités universitaires. Ils n'acceptaient plus la ligne du parti infiltré par la police politique et dirigé par des clandestins coupés de la réalité populaire.
L'université de Constantine de l'époque a été toujours tolérante de la diversité. Elle était l'unique université de l'Est si on ne prenait pas en compte 2 instituts à Batna et deux petits centres à Setif et Annaba. Nous étions 9000 étudiants de toutes les wilaya de l'Est. Toutes les diversités culturelles étaient représentées, de Ouargla à Annaba en passant par les hauts-plateaux,le nord-constantinois, la kabylie et l'immense pays chaoui.
Beaucoup d'étudiants kabyles venaient de bejaïa, Setif, bordj Bouarreridj et aussi de Constantine et des petites villes environnantes. Jamais nous n'avions vu ou entendu parler de conflits. Nous étions organisés en courants politiques. Nous avions des amis et des adversaires de nos propres régions. Le fascisme éthniciste n'était dans les rangs de la majorité des étudiants. Il se préparait de l'autre côté. Dans les caves des suprématistes :"la meilleure nation sortie au monde".
Au Resto à l'heure du déjeuner, Douja l'étudiante chargée de la diffusion de la musique, nous passait du Djamel Allam, Chenoud, Idir et toute la belle musique universelle, de Demis Roussos à Abdehalim Hafez.
Dans les cités, les étudiants kabyles animaient les soirées artistiques. Un grand groupe kabyle de l'époque, les Abranis, est venu au Resto central animer un très beau bal. On était nous.
Je reprends le fil,pour vous dire qu'en ce mois d'avril une secousse politique est venue en réaction de la politique de l'étouffement pratiquée par les janissaires.
Au départ c'était l'interdiction d'une conférence. C'est à dire une répression du droit à l'expression et un coup d'arrêt à la liberté d'apprendre et de diffuser une information. Jusqu'à maintenant nous sommes toujours dans le cadre des concepts universels généraux. Ensuite, interdire une conférence sur la poésie est un crime qui n'a d'égal que les autodafés. Et la meilleure de toutes, c'est interdire à des étudiants de prendre connaissance de leur propre littérature ancestrale ! jusque là, l'identité et la région n'ont rien à voir avec le délit condamnable par toutes les justices du monde. L'incident est une preuves que le régime des janissaires interdit tout acte qu'il ne peut maîtriser ou tolérer sur tout le territoire qui se trouve sous ses bottes. Le printemps berbère de 1980 est une forme de résistance nationale à la dictature jacobine.
Les étudiants de Tizi voulaient être libres . Kabyles, ils le sont déjà. Sauf que la police politique avait inversé l'équation pour lui donner une connotation ethneciste sinon raciste.
Vers le début mai 1980 , sur l'esplanade de l'université, nous étions surpris par un sit in "improvisé" par de nombreux étudiants d'origine kabyle. Parmi eux le meilleur de mes amis. Ils étaient tous là. Arabisants scolaires, francisants, syndicalistes étudiants actifs ou en rupture, artistes amateurs et autres étudiants non visibles à l'année. Malgré un climat de grande peur et de répression ces braves étudiants ont fait acte de grand courage et de détermination. La police politique comptait sur des réactions racistes. Que nenni ! Le sit in a eu une grande sympathie parmi la communauté universitaire. Un étudiant de sociologie d'origine Skikdie , un libertaire, est venu me voir spontanément pour me dire :"Kados, nous devons être tout le temps aux côtés de nos amis kabyles. C'est notre combat à tous, la liberté". Ce sit in kabyle a Constantine est pour la liberté de tous les algériens puisqu'il est pour la liberté d'expression et contre la répression.
Ce sit in de grande portée sur les consciences, m'a suggéré une amplification par un apport quantitatifs dans les rangs des resistants. J'ai pensé à un renfort. La conscience parmi les étudiants des autres régions était présente, même à l'état primaire, mais éparse.
Les soutiens n'étaient certes pas écrits, ni bruyants et manifestes mais sont logés dans ces regards admiratifs des étudiants qui venaient au "cercle des résistants". La grande lame de résistance était latente. Et c'est là le grand génie populaire. J'étais franchement blessé dans mon amour propre, moi le chaoui, qui dans les moments difficiles, carbure à l'émotion, par le fait que le meilleur de mes amis et de mes camarades ne m'avait pas mis dans la confidence de cette acte politique. Je ne lui ai rien demandé, ni reproché. Mais cette blessure m'a accompagnée pendant 20 ans, jusqu'au jour où j'ai gagné d' autres épaisseurs en maturité. Cet ami, loin de ne pas me faire confiance, il avait beaucoup plus peur que l'affaire soit ébruitée et par conséquent, et dans un climat policier renforcé, échouer lamentablement avec toutes les conséquences graves pour les organisateurs . Un vrai acte digne du courage de Fellaga (guérilleros de la révolution algérienne). Ce groupe d'étudiants kabyles, ont mis leurs vies et leurs libertés en danger. Ils étaient d'une dignité et d'un courage insondable. Ils avaient la détermination de l'histoire et l'obstination de l'ancêtre qui refuse de s'abaisser. Ils ont hissé la tête de la nation hors de l'eau.
Cet ami et camarade qui m'a caché le secret du sit in, je ne cesse de l'aimer.
Ainsi je termine le résumé de mon témoignage

Kados Sabri

11/04/2022
03/04/2022

Le discours algérien» de Kennedy

Parmi les amis de la Révolution algérienne, on devrait citer John Fitzgerald (1917-1963). Le livre John F. Kennedy, France, and Algeria (2006) du chercheur tunisien Fredj Maatoug revient, notamment, sur le discours de Kennedy devant le Sénat. En effet, le 2 juillet 1957, le sénateur John F. Kennedy prononça un discours retentissant devant le Sénat américain dans lequel il dénonce le colonialisme français en Algérie et proclame son soutien à l'indépendance algérienne.
«Monsieur le Président, la force la plus puissante au monde aujourd'hui n'est ni le communisme, ni le capitalisme, ni la bombe H, ni le missile téléguidé : c’est le désir éternel de l'homme d'être libre et indépendant. Le grand ennemi de cette formidable force de liberté s'appelle, faute d'un terme plus précis, l'impérialisme, et cela signifie aujourd'hui l'impérialisme soviétique et, qu'on le veuille ou non, et bien qu'ils ne soient pas assimilables, l'impérialisme occidental», dira le futur Président des Etats-Unis.
«Monsieur le Président, la guerre d'Algérie confronte les États-Unis à leur impasse diplomatique la plus critique depuis la crise en Indochine, et pourtant nous n'avons pas seulement échoué à résoudre le problème avec franchise et efficacité, nous avons même refusé de reconnaître que c'était notre problème. Aucune question ne pose un défi plus difficile à nos décideurs en matière de politique étrangère — et aucune question n'a été plus lamentablement négligée», avait fait remarquer Kennedy.
Sous le titre «Is Algeria of Concern to the United States ?», on lit aussi dans ce qui est aujourd’hui, aux Etats-Unis et ailleurs, appelé le «Kennedy's Algerian Speech» (le discours algérien de Kennedy) : «Les diplomates américains et français, il faut le noter d'emblée, s'accordent à dire, depuis plusieurs années, que l'Algérie n'est même pas un sujet approprié pour les débats de politique étrangère américaine ou de considération mondiale et qu'il s'agit entièrement d'une question d'intérêt français interne (...) La guerre d'Algérie, engageant plus de 400 000 soldats français, a dépouillé jusqu'à l'os les forces continentales de l'Otan. Elle a obscurci les espoirs occidentaux d'un marché commun européen et a sérieusement compromis les réformes de libéralisation de l'OECE, en obligeant la France à imposer de nouvelles restrictions à l'importation dans une économie de guerre (…) Non, l'Algérie n'est plus un problème (interne) français – et ne le sera plus jamais —, bien que leur sensibilité à son examen par cette Nation (les Etats-Unis) ou l'ONU soit compréhensible.»
John F. Kennedy était vraiment un grand ami de l’Algérie !



KADER BAKOU

Le soir d'Algérie

29/03/2022

Édit de Firmus de thagasthe ou le premier droit à l'asile.

Firmus de thagaste inconnu pour beaucoup de nos compatriotes pourtant il fut un grand amazigh de Souk Ahras qui grâce à son courage, il donna son nom à un édit international sur le droit d'asile, l'inviolabilité des lieux de culte et l'extraterritorialité des représentations étrangères.

En effet , en l'an 289, un rebelle du Djudjura au nom de Dhia originaire de Ruzasus Azeffoun poursuivi par les soldats de l'empereur pour rébellion, trouve refuge à l'église de Thagaste dont l'évêque s'appelait Firmus, à qui , il lui demanda secours et assistance .

Pressé par les soldats de leur remettre le fugitive , Firmus refusa catégoriquement de livrer " l'hôte envoyé par Dieu"

Arrêté avec son protégé, Firmus fut emmené enchaîné à Rome pour être jugé devant l'empereur Hercule où il aurait risqué d'être crucifié.

N'ayant toujours pas peur de l'empereur et justifiant son refus de livrer ce qu'il avait appelé, l'hôte de Dieu, L'Empreur Hercule finit par admirer son courage et le offrit sa grâce , lui et son protégé , le kabyle Dhia.

Depuis cette affaire, Hercule ordonna de ne plus s'attaquer aux lieux de culte même si des criminels y trouvent refuge. C'est le fameux ÉDIT DE FIRMUS, un privilège et un droit toujours d'actualité.

De retour à Thagaste, Dhia émit le souhait de rester à Souk Ahras et y habiter chose qui lui a été accordée.

On apprend ensuite d'Alypius de Thagaste, le successeur de Firmus que Dhia désormais thagastois est devenu un homme très riche et grand propriétaire terrien.

Avec les années la famille Dhia est devenue la plus grande famille de Souk Ahras selon monseigneur TOULOTTE , dernier Évêque de Souk Ahras et grand historien spécialiste de la Numidie dans l'empire romain .

Saint Augustin avait brièvement parlé de Firmus où il avait loué son courage et son hospitalité.

Voici le texte de Saint Augustin

' Voilà, dit-il, ce que fit autrefois un
évêque de Thagaste, Firmus de nom, plus ferme encore de volonté; car les appariteurs lui ayant porté l'ordre de l'Empereur d'avoir à livrer un homme qu'ils cherchaient et qu'il cachait dans sa maison, où il s'était réfugié; avec tout le.soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu'il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu'on lui fit subir (car les Empereurs n'étaient pas encore chrétiens), il persista dans sa résolution.

Conduit ensuite devant l'Empereur, il lui parut si digne d'admiration qu'il en obtint sans peine la grâce de celui qu'il avait recueilli."

De mendacio, XIII, XXIII

Page Thagatoise

24/02/2022

Tamazight et ses frontières
Les leçons d'une langue...

Tamazight est désormais enseigné dans les écoles du petit oasis d'Igli. Une centaine d'enfants se sont déjà inscrits aux cours. Ils affirment pleinement leurs racines...

Jeunes et moins jeunes sont fiers de leurs racinesJeunes et moins jeunes sont fiers de leurs racines
De Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest: «Tamazight thella thella (Tamazight est là, est là Ndlr). Les festivités marquant la Journée mondiale de la langue maternelle et la Semaine des langues africaines ont été la meilleure preuve! Le Haut commissariat à l'amazighité (HCA) a choisi la petite ville d'Igli (wilaya de Béni Abbès, au sud-ouest du pays) pour accueillir cet événement à la dimension internationale. Dans cette bourgade de quelque 8000 habitants, on parle bien sûr arabe mais aussi berbère.
Deux variantes de tamazight se côtoient» dans les rues de cet oasis. Il s'agit du chleuh et du korandji. C'est une variété de tamazight qui se décline, comme un réel mélange de tamazight, de l'arabe et du songhaï, langue nilo-saharienne parlée dans plusieurs pays de l'Afrique de l'Ouest. Elle est menacée de disparition.
Ce sont là des langues berbères qui connaissent un engouement certain au sein de la population locale. Jeunes et moins jeunes en sont fiers. «Il s'agit là de nos racines, de nos origines, de notre fierté», soutient Halim, un enfant de 12 ans qui vient de s'inscrire aux cours de tamazight, qui ont été intégrés dans les écoles d'Igli, pour les trois cycles. Comme lui, 100 autres enfants se sont inscrits pour suivre ces enseignements, dont le coup d'envoi officiel a été donné, hier, par le secrétaire général du HCA, Si El Hachemi Assad. «Au vu du succès qu'a remportée cette expérience pilote, elle sera élargie aux deux autres grandes daïras de la wilaya, en l'occurrence Tabelbala et Béni Abbès», a soutenu, fièrement, Ali Kourzi, le directeur de l'éducation de cette nouvelle wilaya. Une preuve de plus de l'attachement identitaire des Algériens. D'ailleurs, les habitants de la wilaya de Beni Abbès ont accueilli avec beaucoup d'engouement l'événement organisé par le HCA. Ils étaient heureux d'échanger avec les berbères des autres wilayas du pays.
Chacun faisait découvrir à l'autre les (petites) différences culturelles qui existent entre chaque région, notamment en ce qui concerne les aspects culinaire et vestimentaire. Les colloques et autres rencontres scientifiques, organisés en marge de ces célébrations, ont, eux aussi, connu un succès fou. Les salles de conférences étaient trop exiguës pour accueillir la grande foule venue débattre avec les experts et les chercheurs, dépêchés par le HCA. Les débats étaient des plus intenses. Le «timing» a été largement dépassé, au vu de nombreuses personnes qui voulaient apporter leur contribution au débat et surtout réaffirmer leur berbérité. On a assisté à un grand moment d'unité nationale. Ce qui démontre l'importance des langues maternelles dans la consolidation du vivre-ensemble. «C'est un ciment pour l'unité nationale», assure le professeur de sociologie et d'anthropologie linguistique-essayiste-chroniqueur, Rabah Sebaâ. Il fait remarquer que dans cette région du sud-ouest du pays, plusieurs variantes de tamazight sont parlées. «Au sud de Béchar, il y a ceux qui parlent tafathit, un peu plus au Nord on trouve le tachelhit ainsi que le korandji», souligne cet universitaire, non sans insister sur le fait que cette diversité est plus une richesse qu'un facteur de division. Justement, les participants à cette semaine de la berbérité ont prouvé que rien ni personne ne pourra diviser le peuple algérien.
Une pluralité et une berbérité qui, sonne comme un message clair contre les ennemis du pays qui ont essayé de jouer cette carte pour tenter de déstabiliser le pays. La wilaya de Béni Abbès est frontalière avec le Maroc. Tamazighit et l'identité nationale y sont bien implantés. Tout est dit, il n y a plus rien à ajouter...

Walid AÏT SAÏD

© www.lexpressiondz.com

21/02/2022

la langue maternelle

La langue maternelle dite aussi langue native ou langue première; est la première langue apprise à la personne dans la petite enfance, autrement dit, c’est la langue qui est parlée à l’enfant à la maison même avant qu’il apprenne à parler. Il s’agit de la langue que l’enfant comprend avant de commencer l’école. Par ailleurs, la langue maternelle est celle qui est parlée par les natifs du pays où la personne habite.

La langue maternelle est surtout celle que l’individu assimile et comprend mieux, au sens d’une valorisation subjective qu’il fait par rapport aux langues qu’il connait. Il s’agit aussi de la langue acquise de manière tout à fait naturelle par le biais de l’interaction avec l’entourage immédiat, sans intervention pédagogique et sans une réflexion linguistique consciente. Son apprentissage se fait de manière naturelle, autour des activités du quotidien, par mimétisme et assimilation plutôt qu’autour de leçons. Cette différence de méthode conduit généralement à une plus grande confiance à s’exprimer dans ce langage, mais également à une plus grande maîtrise de l’oral que de l’écrit, qui ne peut être appris que plus t**d lorsque l’enfant est capable de reconnaître des mots écrits et de les écrire.

Des recherches récentes en pédiatrie ont clairement établi l’importance de l’utilisation de la langue maternelle dans l’acquisition de la parole et du langage chez les enfants d’âge préscolaire. En effet, les enfants d’âge préscolaire qui acquièrent de solides bases dans une première langue apprennent plus facilement une seconde langue. Il est important et souhaitable que les parents parlent à leur enfant dans leur langue maternelle. Les enfants d’âge préscolaire qui possèdent de solides habiletés dans leur langue maternelle réussissent mieux en lecture et en écriture à l’école.

Il faut encourager les parents à parler à leur enfant dans leur langue maternelle .Il ne faut pas que la crainte de compromettre le développement du langage de leur enfant, sa réussite scolaire ultérieure ou son intégration à la société arabisé les pousse à parler une seconde langue. Quand ils parlent leur langue maternelle, ils donnent à leur enfant les meilleurs modèles de langage qui soient : ils emploient un vocabulaire riche et varié et des structures grammaticales correctes, et ils favorisent les conversations spontanées, faciles, et qui coulent bien, dans les activités quotidiennes.

Il arrive parfois malheureusement, pour des raisons culturelles ou pratiques, que certains enfants cessent d’apprendre ou d’utiliser leur langue maternelle : en effet, ce n’est pas parce que certains concepts ont été appris dans une langue qu’ils restent gravés dans la mémoire de l’apprenant, puisqu’une langue doit être utilisée, même de façon minimale, pour pouvoir être conservée.

Vous savez la langue maternelle joue un rôle primordial dans la construction de sa propre identité. En effet, même en étant bilingue, certaines façons de décrire le monde dépendent en grande partie de la langue que l’on a appris en premier, puisque les premières expériences ont été faites dans cette langue. C'est grâce à la maîtrise de sa première langue ou langue maternelle que les compétences de base en lecture, écriture et calcul peuvent être acquises. Les langues locales, en particulier les langues des minorités et des peuples autochtones, transmettent la culture, les valeurs et le savoir traditionnel, jouant ainsi un rôle important dans la promotion d'avenirs durables.

La langue Amazigh et l' Algerien constituent l'un des instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et immatériel, sa promotion et sa diffusion sont primordiales pour la survie de notre peuple. Il est certain qu'un peuple qui n'ose plus défendre sa langue, est mur pour l'esclavage .... Alors agissez sans plus t**der !!

19/02/2022

Ogre (dans le conte merveilleux berbère)
Abdellah Bounfour
p. 5721-5723

1 Que Laoust interprète, certainement à tort, en « mangeur d’ânes » (1949, II, p. XX) ; il faut, plus (...)
1Les noms berbères de l’ogre et de l’ogresse sont nombreux. E. Laoust (1949, II) en dénombre déjà une dizaine (bexxu ou croquemitaine, tamẓa, akukku, majjəɣyul1, tteriel, tergu, agṛuḍ, taɣ°zənt, tayu, zabbar...) en excluant les noms d’animaux (lion, panthère) et les personnages voisins (tagmart/asərdun n isəmḍal, « la jument/la mule des cimetières »). Sans nier les apports de l’analyse linguistique, particulièrement l’analyse étymologique à venir, il a semblé plus sage d’étudier les caractéristiques de leur être et de leur agir ainsi que la représentation qu’on se fait d’eux à travers l’univers où ils évoluent naturellement, celui du conte merveilleux.

2E. Laoust (1949, p. XXVI) a dressé un portrait de l’ogre et de l’ogresse comme suit :

L’ogre a un physique imprécis, mais il est doué d’une puissance irrésistible ; il est anthropophage et préfère la chair humaine jeune, celle des enfants que son odorat détecte instantanément dès qu’elle est présente.

2 Notons que l’ogresse kabyle peut prendre l’apparence d’une belle femme. Ndlr.
L’ogresse a un physique de « vieille femme horrible et méchante ». Elle est velue, dispose non d’une chevelure mais d’une crinière ; elle a toujours des yeux ‘malades’, de grandes dents qui font toujours beaucoup de bruit, des « bras puissants [...] armés de griffes ». Mais, le trait physique le plus emblématique de l’ogresse ce sont ses deux immenses et lourdes mamelles qu’elle porte sur ses épaules. Elle a une voix forte ; elle est rusée et, parfois, séductrice2. Comme l’ogre elle se nourrit de chair d’enfants. Dans certaines régions elle avale aussi des charognes et de la chair illicite chez les Berbères comme celle des ânes.

3Elle habite souvent dans les bois, les cavernes ou des lieux souvent considérés comme hantés. Deux choses sont capables de la dissuader de s’attaquer aux hommes, particulièrement aux enfants : l’eau et l’allaitement. En effet, dans les poursuites d’enfants, c’est souvent l’eau d’un ruisseau ou d’un simple ru qui l’arrête. L’enfant peut aussi se sauver en se jetant, par surprise, sur une mamelle de l’ogresse et la téter. Cet acte scelle une alliance où l’ogresse va se consacrer à aider l’enfant.

4On le voit, ces deux portraits montrent que le personnage le plus consistant est l’ogresse. En-dehors de sa brutalité et sa violence, l’ogre est un pâle personnage. On le voit d’ailleurs mieux lorsque le conte met en scène un couple ogre-ogresse. Cette dernière détient le pouvoir d’agir et oriente l’action de son compère.

5Les contes où apparaissent l’ogre et l’ogresse ont une caractéristique fondamentale : il thématise un drame, la mort d’un membre du couple ayant un ou plusieurs enfants. Ce membre est toujours la mère de ces enfants. Cette dernière est immédiatement remplacée par une belle-mère. Tout conte merveilleux berbère où le début du récit commence ainsi et mettra en scène un(e) ogre(sse) ou ses substituts. On pourrait avancer qu’il s’agit d’une implication logique. Car fatalement la belle-mère demandera au père des enfants de tuer ses enfants ou de les abandonner loin dans la forêt ou le désert pour qu’ils s’y perdent. C’est là qu’ils rencontrent l’ogre et/ou l’ogresse. Cette structure est fondamentale puisqu’elle se retrouve dans tous les contes merveilleux où un père ayant perdu sa femme en épouse une autre pour qu’elle s’occupe des enfants de son mari.

6Quand cette femme a des enfants avec cet homme, elle éloigne les demi-frères et demi-sœurs pour l’intérêt exclusif des siens ; quand elle n’en a pas, plusieurs alibis sont mis scène comme la jalousie à cause de sa beauté de la belle-fille ou de la connivence des enfants avec leur père, etc.

7On dira alors que l’ogre/l’ogresse apparaît lorsqu’il y a un désordre familial ou social, lorsqu’il est question de dissoudre les liens familiaux, lorsque la situation devient manichéenne : la vie ou la mort.

8On sait que ce nœud du conte merveilleux berbère a suscité de nombreuses interprétations qui, ramenées à des disciplines, sont essentiellement ethnographiques, anthropologiques et sémiologiques, Depuis quelques années on assiste à l’intérêt de la psychanalyse pour ces contes.

9Certes, l’ethnologie et l’anthropologie y cherchent les constituants de la ‘mentalité’ berbère ou, pour parler comme Bourdieu, une théorie de la pratique ; la sémiotique y cherche généralement la validation d’une grammaire narrative universelle et subsidiairement une grammaire spécifique.

10La psychanalyse, quant à elle, commence par y chercher la spécificité de l’œdipe berbère avant d’élargir sa curiosité à des mécanismes plus généraux comme l’imaginaire et le symbolique. Quel sens donne-t-elle à l’ogre/l’ogresse ? Résumons la position de N. Farès (1994) :

Le nœud du conte est interprété comme situation œdipienne marquée par l’interdit de l’inceste. En effet, dans un conte où se manifeste la jalousie d’un fils à l’égard de son père et/ou de sa belle mère, il y a crise œdipienne.

L’ogre et l’ogresse représentent, au plan de l’imaginaire, le mauvais père/la mauvaise mère qui vont aider l’enfant à traverser cette crise et sortir ainsi de l’œdipe.

11En d’autres termes, l’ogre et l’ogresse représentent des fonctions psychiques, le côté noir des relations familiales.

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Bibliographie
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Basset H., Essai sur la littérature des Berbères, Alger, Carbonel, 1920.

Basset R., Les contes populaires berbères, Paris, Leroux, 1887.

Bounfour A., « Ḥemmu u Namir ou l’Œdipe berbère », Etudes et documents berbères, 14, 1996, p. 119-142.

Doutté E., Magie et religion dans l’Afrique du Nord, Alger, Jourdan, 1909.

Fares N., L’ogresse dans la littérature orale berbère, Paris, Karthala, 1994.
DOI : 10.3917/kart.fares.1994.01

Lacoste-Dujardin C., Le conte kabyle, Paris, Maspero, 1970.

Laoust E., Contes berbères du Maroc, 2 tomes, Paris, Larose, 1949.

Ortigues E. et M.-C., Œdipe africain, Paris, Plon, 1950.

Roux A., Poésies populaires berbères, présentation, transcription, traduction et annotations de A. Bounfour, Paris/Aix-en-Provence, Editions du CNRS (Lapmo), 1990.

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Notes
1 Que Laoust interprète, certainement à tort, en « mangeur d’ânes » (1949, II, p. XX) ; il faut, plus probablement y voir un composé ancien (i)mejji (u)ɣyul) = « oreille d’âne ». Ndlr.

2 Notons que l’ogresse kabyle peut prendre l’apparence d’une belle femme. Ndlr.

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Pour citer cet article
Référence papier
Abdellah Bounfour, « Ogre (dans le conte merveilleux berbère) », Encyclopédie berbère, 35 | 2013, 5721-5723.

Référence électronique
Abdellah Bounfour, « Ogre (dans le conte merveilleux berbère) », Encyclopédie berbère [En ligne], 35 | 2013, document O13, mis en ligne le 12 mars 2021, consulté le 09 avril 2021. URL : http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2809 ; DOI : https://doi.org/10.4000/encyclopedieberbere.2809

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Auteur
Abdellah Bounfour
Articles du même auteur
Oralité littéraire [Texte intégral]
Article O22
Paru dans Encyclopédie berbère, 35 | 2013
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